Dans le Doubs, abstiens-toi

Les résultats du premier tour de l'élection législative partielle qui vient d'avoir lieu dans le département du Doubs sont on ne peut plus amusants. Le Front National arrive en tête après avoir recueilli 32,6% des suffrages exprimés, suivi de loin par le Parti Socialiste qui est à la peine avec seulement 28,8%; quant à l'UMP, il est hors course. Aussitôt, le ban et l'arrière-ban des gamellards de la république s'empressent de convoquer caméras et micros pour déclarer l'alerte générale : la république est en danger !
 
Cela pourrait être comique si ce n'était tragique. Depuis la première alternance qui a eu lieu un certain 10 mai 1981, tous les gouvernements qui se sont succédés se sont servis du Front National pour tenter de récupérer quelques voix leur faisant défaut, et pour s'auto-décerner des brevets de bons républicains. Chacun, depuis cette époque, y va du couplet attendu sur ce parti qui, selon leurs avis autorisés, ne serait pas républicain et déshonorerait cette pauvre Marianne. J'ai bien conscience d'enfoncer une porte ouverte, mais il me semble important de rappeler que si ce parti n'est pas républicain, la logique voudrait qu'il soit dissout. Or, depuis plus de trente ans, pas une seule tentative n'a été faite en ce sens. Que penser alors ? Et bien il n'y a pas 36 possibilités. La réalité est que le FN est conforme aux valeurs de la république, et que ces beaux messieurs brassent du vent, et font tout pour empêcher l'arrivée d'un nouveau larron dans la danse, ce qui aurait mécaniquement pour effet de réduire leur part du gâteau.
 
Tant que l'on parle de cette formation politique honnie, on ne parle pas des sujets qui fâchent. L'épouvantail a été fort utile pour éviter d'avoir à tenir un débat public sur l'immigration, car nul honnête homme ne saurait discuter de ce qui fait le fond de commerce de ceux que l'on considère comme pestiférés. Que n'importe quel membre de la Le Pen Company annonce qu'il pleut, aussitôt les gardiens du sérail républicain proclameront qu'il fait beau. Et leurs électeurs ? Et bien ils sont considérés comme de simples des égarés qui se trompent de parti comme de colère. A chaque fois que la nécessité de conduire des réformes s'est faite sentir, l'alibi FN a toujours été là pour allumer un utile contre-feu. Ainsi, de renoncements en réformettes ridicules, les gouvernements se sont amusés, aux dépens de ce peuple français qu'ils sont pourtant censés servir, au traditionnel jeu de la patate chaude. Mais, en joueurs rusés, ils trouvaient toujours un artifice leur permettant de laisser au suivant le soin de régler la question, tant et si bien que rien n'a jamais été réglé et que l'heure de la présentation de l'addition approche à grands pas.
 
Et là, ça ne rigole plus du tout. Les électeurs ont fait confiance à la droite, à la gauche, ont goûté aux joies frelatées de la cohabitation. Résultat ? Ils se retrouvent Gros Jean comme devant, avec l'amère senation d'avoir été les dindons de la farce :
  • la France a perdu la quasi-totalité de sa souveraineté,
  • les Français sont sommés d'aimer inconditionnellement cette diversité, avec ou sans papiers, qui est réputée être une chance pour la patrie et nous enrichir, au moins culturellement à ce qu'il paraît,
  • la couverture maladie commence à ressembler à la célèbre peau de chagrin de ce cher Honoré,
  • les retraites ne cessent de mincir,
  • les allocations familiales suivent le même chemin,
  • le chômage n'est pas près de voir sa fameuse courbe s'inverser,
  • etc. ad nauseam.
Que leur reste-t'il à ces pauvres électeurs bernés, sinon de tenter l'exprérience interdite ? On a beau leur dire que c'est mal, que c'est ré-ouvrir la voie des monstrueuses hordes brunes et vert-de-gris, ils ne croient plus ceux à qui ils ont tant fait confiance. Pour ma part, je ne fais pas plus confiance au Front National que je ne fait confiance à ses concurrents. Le seul mérite que je lui reconnaisse, c'est qu'il est pratiquement exempt de la moindre compromission. Non pas que ses cadres soient des parangons de vertu, ils doivent juste cet état au fait que leurs adversaires ont réussi jusqu'à présent à tenir ce parti éloigné de la moindre sphère de pouvoir. Les plus âgés, et moins oublieux d'entre nous n'ont pas oublié le partage des commissions occultes des marchés truqués des lycées d'Île de France, où on avait vu le RPR, le PR (devenu ensuite Démocratie Libérale), le PS et le PCF, se partager 150 millions de francs de commissions occultes; le FN et les Verts avaient été "oubliés" au moment du partage. En bons républicains, lorsque les frontistes auront croqué dans le gâteau, ils feront comme les autres, ils renieront leurs engagements, oublieront leurs idéaux, composeront avec les banksters et l'Union Européenne au nom du réalisme et de l'intérêt général. La stratégie de dé-diabolisation entamée il y a quelques années n'a pas d'autre but. Face à ce nouvel épisode du Théâtre de Guignol républicain, tout homme de bien se doit de s'abstenir, faute de quoi, il devient complice de l'escroquerie qui se joue depuis trop longtemps.
 
Pierre Guillemot

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