En Russie, le collège de Saint-Basile prépare le retour des Tsars !

Ce matin, à Saint-Basile, on a hissé le drapeau impérial avec son aigle à deux têtes. Devant une imposante bâtisse aux couleurs blanches et bleues, qui rappelle les multiples petits palais de Saint-Pétersbourg qui bordent la Neva, des écoliers de tout âge sont rassemblés et écoutent, dans un alignement parfait, l’hymne impérial qui retentit. Dans les couloirs de ce collège, sur les murs, s’alignent les différents portraits des Tsars Romanov, cette dynastie qui a occupé le trône d’Ivan le Terrible de 1613 à 1917.  Ici, le temps semble s’être arrêté comme immuable. Baptisée du nom d’un saint orthodoxe,  l’école ne cache pas ses intentions. Foi, nationalisme,  culte du tsarisme, elle prépare ses étudiants à la restauration de la monarchie dans la plus pure tradition slave.

Le 15 mars 1917, alors qu’on venait de fêter son tricentenaire à peine 4 ans auparavant, la famille impériale des Romanov scelle son destin d’un coup de plume à l’encre noire. Le visage défait, Nicolas II Alexandrovitch a pris la décision d’abdiquer, pour lui et son fils, le jeune Tsaveritch Alexis.  Dans le wagon, Nicolas II, contemplent les derniers rapports qui lui ont été rédigés. Multiplication des mouvements sociaux, mutinerie de la Marine qui a massacré ses officiers, manifestations contre son régime, le système impérial s’effondre doucement sous ses yeux alors que l’Europe est ravagée par une guerre mondiale.  Descendu du train, il regarde dans le vide, l’air hagard, ces volutes de fumée qui s’échappent de cette locomotive qui va bientôt le conduire avec sa famille vers Iekaterinbourg, en juillet 1918. Et qu’un bruit sourd, dans une nuit noire et tiède, viendra achever. L’aigle, jadis si puissant et qui avait inspiré la crainte comme le respect, venait de perdre sa dernière tête sous les balles froides des assassins. Ironie de l’histoire, la dynastie qui avait commencé  dans la violence  et par le règne de Michel Ier, intronisé au sein du monastère Ipatiev,  se terminait tragiquement par celui de quelques heures du grand-duc Michel II (1878-1918), ce frère que Nicolas II avait désigné pour lui succéder, dans le sang et dans la cave de la maison du camarade Nicolas Ipatiev.

A Saint-Basile, le portrait du tsar défunt orne le bureau du directeur de l’école qui entend redonner à ses élèves, les valeurs d’antan qui ont fait la gloire de l’empire.  Derrière lui, un drapeau aux bandes horizontales blanches, bleues et rouges ornée en son centre d’un aigle bicéphale. Âgé de 74 ans et fils d’un ancien officier tsariste, Zourab Chavchavdze affiche sans complexe ses préférences monarchistes.  Pour lui, aucun doute, « l’âme russe est monarchiste ! Regardez ce que le peuple russe a fait avec Lénine, Staline, ou Poutine. Dès que quelqu'un est au pouvoir  et le conserve durant des années, ils deviennent sacrés à nos yeux. Le peuple russe aspire à une monarchie ! ».

Les russes souhaitent-ils donc vraiment une monarchie ? En mars dernier, un sondage de l’Institut VTsIOM paru à l’occasion du centenaire de la chute des Romanov, affirmait que seulement un tiers des russes soutenait un tel projet (28% contre 22% en 2013). Mais pour l’école, ce sondage est aussi révélateur d’autres choses. Celle d’une jeunesse qui cherche ses repères nationaux et qui trouvent dans le principe monarchique, la solution qui permettrait le retour de la grandeur russe. Un crédo pour Saint-Basile qui impose l’uniforme scolaire dans la plus grande tradition britannique comme les nattes aux jeunes filles. Selon ce même sondage, les jeunes russes âgés de 18-24 ans et 25-34 ans  sont ceux qui soutiendraient le plus l’idée de la restauration de la monarchie avec respectivement 33%  et 35% d’opinion favorable.

Le temps passe, les cloches de l’église orthodoxe qui trône au milieu du campus verdoyant rappelle aux visiteurs que la religion et patriotisme sont indissociables de la monarchie.  400 étudiants, du primaire au secondaire, assistent aux cours délivrés par Saint-Basile comme aux messes qui jalonnent leur année scolaire. Nicolas II et sa famille ont été béatifiés  par le synode orthodoxe en 2000 ; ils ont leur place parmi les icônes que l’on trouve dans les nombreuses églises et basiliques orthodoxe, héritières de Constantinople dont Moscou s’est toujours voulue la nouvelle Rome.  

Pour le fondateur de Saint-Basile, l’oligarque Konstantin Malofeev, 43 ans, le concept monarchique ne peut que réconcilier les russes avec leur passé tumultueux. L’homme est sulfureux, proche du Président Vladimir Poutine (dont certains verraient bien ceindre une couronne) et combat autant le lobby gay dont il voit une « perversion décadente » venue de l’Occident que son libéralisme. Il a fondé Tsargrad, une chaîne ultra-orthodoxe, qui a interviewée Marine Le Pen lors de la dernière élection présidentielle. Le même qui a mis en contact le Front national et le Kremlin. Ce n’est d’ailleurs pas sa seule connexion française. L’homme d’affaires, qui finance les séparatistes russes dans le Donbass et a noué des contacts avec le gouvernement de Crimée (dont le Premier ministre a réclamé en mars la restauration de la monarchie), s’est rapproché de Philippe de Villiers, un autre pilier de la droite nationaliste française, pour exporter son concept du Puy du Fou et l’adapter à la sauce russe. Les valeurs de la famille, que partage l’ancien député de Vendée, sont d’ailleurs enseignées dans son école, soutenue par l’épiscopat orthodoxe.

Pour Zourab Chavchavdze, qui a noué des liens avec des unités de cosaques vues sur le front de guerre, se veut déterminer dans ses fonctions. Il a été le mentor de Konstantin Malofeev et l’a initié au concept monarchique durant son adolescence. Pour le directeur de Saint-Basile, il forme d’ores et déjà une élite de futurs fonctionnaires prêts à assurer leur rôle dès que le tsar sera restauré : « Les étudiants seront moralement solides, religieux, intellectuels et patriotes, et auront toutes les chances de prendre le pouvoir" déclare-t-il avec le sourire. Sans préciser toutefois de quel prétendant il s’agirait tant les Romanov sont divisés entre deux branches qui revendiquent l’héritage de Nicolas II. Un discours qu’approuve Konstantin Malofeev qui possède son propre bureau ou siège un immense portrait d’Alexandre III avec lequel il partage une barbe identique : « Pour moi, il est très important de restaurer les traditions qui ont été rompues en 1917 » avait-il dit aux questions d’un journaliste du Guardian, intrigué par le concept de cette école.

Cours de sciences, cours de sonnerie de cloches, les manuels d’histoire ont été spécialement commandés et évitent soigneusement de donner trop d’importance aux aspects positifs de l’ère soviétique. Rien d’étonnant, Konstantin Malofeev avoue que durant son adolescence, il dévorait les livres sur les exploits de ces généraux blancs qui avaient lutté contre les bolchéviques de 1918 à 1922 avant d’être finalement abandonnés par les Alliés. L’Union soviétique connaissait alors sa perestroïka sous la présidence Mikhaïl Gorbatchev et Malofeev avoue que le « Seigneur des anneaux » reste aujourd’hui un de ses films préférés voyant dans le personnage d’ « Aragorn revenant au Gondor », la parfaite symbolique salvatrice de cette restauration de la monarchie qu’il attend.

Les Romanov, exilés après la révolution en février, la plupart s’étaient installés en France. Il avait écrit au Grand-duc Vladimir III Kirillovitch (1917-1992) pour lui faire part de son projet. Le prétendant au trône lui aurait donné un accord de principe pour cette école que beaucoup dans une Russie post-soviétique aurait qualifié de « fantasmes ».

Sur la question du retour du tsar, il reste pragmatique.  Associant volonté de dieu et politique, il note que l’idée a beaucoup évolué en Russie depuis la chute du mur de Berlin. D’ailleurs, il se félicite de voir que d’autres écoles se sont calquées sur les siennes et peu importe si 48% des russes jugent encore positive la révolution de février (sondage Levada d’avril 2017)

En attendant de voir une couronne déposée sur la tête de l’un ou l’autre des prétendants au trône, à Saint-Basile, on danse. Dans la grande salle de balle, sous l’œil de 8 empereurs, on défile et on valse comme au temps de l’Empire.  Sous des airs folkloriques, à Saint-Basile, on en est persuadé… le Tsar va bientôt revenir en Russie !  

Frederic de Natal

Commentaires  

#1 JOUFFROY 08-11-2017 13:10
De tout coeur avec vous
vive la sainte Russie
et vive le Royaume de France !
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