“Solo un re potrebbe salvare la politica italiana ! ”: Portrait de Simone Balestrini, secrétaire –général du Fronte Monarchico Giovanile

Coiffure à la mode sur le côté, en jeans basket ou en smoking, à Ascot ou en boîte de nuit, le nouveau secrétaire -général du Front Monarchiste Jeune (Fronte Monarchico Giovanile) , branche de l’Union monarchiste italienne, ne passe décidément pas inaperçu. Âgé de 24 ans et doté d’une élégance naturelle telle qu’on la cultive en Italie,  Simone Balestrini est un jeune monarchiste 2.0 qui ne cesse d’intriguer les médias de son pays

Un monarchiste 2.0

Twitter, Facebook, Instagram, You tube…Simone Balestrini vit résolument avec son temps. Entre conservatisme et modernisme, son combat en faveur de la restauration de la monarchie en Italie, abolie dans des conditions douteuses en juin 1946, est devenu son véritable crédo. Cet étudiant en droit à l’université catholique du Sacré-Cœur de Milan et passionné de questions institutionnelles explique, à chacune de ses interviews, que le système monarchique est autant une idée moderne que démocratique.  “Solo un re potrebbe salvare la politica italiana” : seul un roi pourrait sauver la politique italienne déclare-t-il fièrement.

Adhérent au Front Monarchiste Jeune, Simone Balestrini impressionne très vite ses pairs et dénote par son investissement à la cause monarchique dont il ne tarde pas à grimper les échelons de l’ Unione monarchica italiana. L’UMI, une des plus vieilles associations monarchistes fondée le 29 août 1944, a été consacrée politiquement et officiellement lors de son premier congrès, le 1er octobre 1945. Une association qui compte encore pas moins de 40000 adhérents aujourd’hui.

Restaurer la monarchie en Italie est-elle une option crédible ? Le secrétaire-général du Front Monarchiste Jeune, qui a été encarté un temps au Parti démocrate-libéral, est persuadé que l’idée fait son chemin en Italie quand même bien l’article 139 de la constitution empêche à ce jour toute remise en question de la république. Réfutant la moindre association avec l’idéologie fasciste qui a assuré une certaine pérennité à la monarchie des Savoie autant qu’elle en sera involontairement le fossoyeur, son modèle monarchique pointe volontiers vers l’Europe du Nord ou le Royaume-Uni.  Pour autant, il ne se veut pas nostalgique de l’ancienne monarchie. Pour le jeune homme, qui est né dans les années 1990, " parler du roi Humbert II, c’est un peu comme lui évoquer Napoléon Ier ". Une époque qu’il n’a pas connu, préférant insister sur un changement de génération tournée vers un nouveau concept de monarchie moderne qui proposerait une alternative  à la république parlementaire. "Un système qui a montré ses failles à de nombreuses reprises " s’empresse-t-il de dire. Pour Simone Balestrini, "un roi est autant l’incarnation de l’identité nationale qu’il est le gardien des traditions et de l’histoire ".

Mais quel roi pour l’Italie ?

La question dynastique divise l’Italie depuis 2006. Pour Simone Balestrini, le soutien à la branche des Aoste ne saurait être remis en question. Le mariage du prince Victor-Emmanuel de Savoie, fils du dernier roi de mai (le surnom du roi Humbert II qui a régné de mai à juin 1946 soit 35 jours) avec Marina Ricolfi Doria en 1970, suffit à lui –même pour le discréditer de ses droits au trône selon le jeune homme. Un mariage qui n’aurait pas été reconnu par le roi Humbert II  d’après les détracteurs du prince Victor-Emmanuel de Savoie.

Les origines de la maison de Savoie se situent vers XIème siècle. Comtes puis ducs de Savoie, se glorifiant même d’un (anti-) pape, c’est au XVIIIème siècle qu’elle atteint la dignité royale avec le trône du Pïémont-Sardaigne et enfin celui d’une Italie unifiée lors du Risorgimento en 1861. 4 rois vont se succéder jusqu’à la chute de la monarchie qui traversera deux moitiés de siècle avec difficultés. 

Obligée de quitter le pays, la famille royale d’Italie ne sera autorisée à revenir qu’en novembre 2002 à l’abrogation de la loi d’exil. Un retour qui n’avait guère été apprécié des partisans Bourbons de la monarchie des Deux-Siciles. Ceux-ci n’avaient pas hésité à chahuter le prince et sa famille lors de leur visite médiatisée à Naples.  Lorsqu’en 2006, le prince Amédée (III) de Savoie-Aoste, dont la lignée occupera brièvement un trône espagnol (de 1870 à 1873), Croate ou la vice-royauté éthiopienne (de 1941 à 1943) lors de la seconde guerre mondiale, se déclare légitimement prétendant au trône, les partisans de la dynastie de Savoie vont alors se diviser. Compromis dans diverses affaires,  l’octogénaire prince Victor-Emmanuel (IV) de Savoie ne fait plus l’unanimité parmi les monarchistes italiens y compris au sein de sa propre famille (avec sa sœur Marie-Gabrielle). Tout comme son fils unique, Emmanuel-Philibert de Savoie, né en 1972, qui est aujourd’hui reconverti dans le commerce de pâtes italiennes  aux Etats-Unis (après s’être essayé successivement à la télévision et la politique) et dont le mariage avec l’actrice Clotilde Coureau n’a donné que 2 filles.

Une dispute dynastique qui conduira les deux prétendants à régler cela aux poings lors du mariage du prince des Asturies et futur roi d’Espagne, en 2004. Une division entre les deux maisons encore palpable et que le prince Emmanuel-Philibert de Savoie avait traduit sévèrement dans un entretien, paru en septembre 2014, condamnant l’UMI, ce "parti qui ne représentait nullement la maison de Savoie ". L’allégeance de ces derniers aux Savoie-Aoste couronnée par un mariage royal en 2008 entre le fils d’Amédée (le prince Aymone), et celui de la fille du prince Michel de Grèce (la princesse Olga) n’ayant pas été du goût du prince de Venise.

Les partis monarchistes de nouveau au parlement ?

En 2018, l’UMI pourrait présenter de nouveau des candidats lors des prochaines élections générales afin de renvoyer des députés au sein d’un hémicycle qu’ils ont quitté en 1972.

En effet, rapidement réorganisés sous les couleurs du Bloc national de la liberté pour les élections du 12 Juin 1946, le parti monarchiste avait obtenu 16 sièges sur les 556 alloués aux différents partis alors que l’on célébrait à peine la naissance de la république. Bien peu pour pouvoir inverser le sens de l’histoire mais assez pour demeurer une force d’opposition qui connaîtra une importante scission le 2 juin 1954. Se voyant reproché son attitude de collaboration avec le gouvernement des démocrates-chrétiens, Achille Lauro (1887-1982), maire de Naples et proche des milieux fascistes, avait déjà claqué la porte de la coalition pour fonder en 1952 le parti national monarchiste (PNM). 40 députés et 18 sénateurs seront d'ailleurs élus, en 1953, sous cette bannière. Les dissensions avaient éclaté au grand jour lorsque le journaliste Alfredo Covelli (1914-1998), inamovible député de 1948 à 1972, avait souhaité contracté une alliance avec le Mouvement social italien, dirigé par les héritiers politiques du Duce Benito Mussolini. Devant le refus de Lauro, Covelli avait alors créé le parti monarchiste populaire (PMP) obtenant 14 députés et 5 sénateurs en 1958. Finalement, les deux partis fusionneront le 11 avril 1959 pour donner naissance deux ans plus tard au Parti démocrate italien de l'unité monarchiste (PDIUM).

Le nouveau mouvement monarchiste comptera au parlement, 24 députés (13 issus du PMP et 11 du PNM) et 7 sénateurs (5 du PMP et 2 du PNM). Son alliance avec les  démocrates –chrétiens de Silvio Milazzo (président de la région autonome de Sicile) permet même aux monarchistes de faire leur retour au gouvernement dans une vaste coalition comprenant des communistes et des fascistes. Au grand dam du Vatican qui menacera d’excommunication toutes personnes soutenant des communistes; une ambiance que l'on retrouvera dans la série des "Don Camillo" de l'acteur Fernandel. 

Des alliances au niveau local entre monarchistes et fascistes signeront un lent mais certain déclin du mouvement royaliste italien. Ainsi la liste Stella e Corona à Naples était tombée à 35% des voix en 1960 contre 52%, 4 ans auparavant. Une crise couvait de nouveau au sein du mouvement monarchiste qui lors de son congrès de mars 1961 dut faire face à plusieurs listes pour le renouvellement de son bureau politique. Entre celle du Renouvellement (gauche monarchiste), celle de la Renaissance (droite monarchiste) , celle de l’Unité monarchiste (consensuelle), ce fut Stella et Corona  qui remporta les élections internes (au 2/3 des 105 délégués). Non sans mal. Les débats furent houleux, les militants s’affrontèrent si violemment (7 février) que la police dut intervenir pour les séparer. Lors des élections de 1963, les monarchistes ne purent envoyer que 8 députés et 1 sénateur, signe d'un désamour entre les italiens et leur passé royal. Le 10 juillet 1972, le PDIUM décida de se dissoudre pour ne laisser que des instances représentatives regroupées au sein du "Centre national d'action monarchique"; les militants priés de rejoindre le mouvement social Italien, mouvement fasciste que l’histoire italienne a retenu sous le nom de MSI-Droite nationale et dont le logo se confondra avec la flamme française du Front National.

Depuis 1984, le mouvement de la monarchie italienne [qui fut dirigé par le député-sénateur du MSI (1958 à 1962), Antonio Cremisini (1905-1989)] tente de préserver les droits des Savoie au trône mais se limite à des activités culturelles et de commémoration. L’Alliance monarchique (Alleanza monarchica) créée sur les cendres du PDIUM en 1972, rebaptisée Stella e Corona en 1993, a participé en 2013 et 2016  aux élections municipales sans dépasser les 1% de voix. Timide tentative de retour pour un mouvement monarchiste qui avait conclu une alliance électorale avec l’Alliance royale lors des élections européennes en 2009.  

Avec le décès du roi Humbert II en 1983, les activités de l’UMI iront en se réduisant pour entamer une traversée du désert. Il faut attendre 2002 pour que son dirigeant historique et ancien secrétaire-général du Front Monarchiste Jeune (1962-1972), Sergio Boschiero (1936- 2015), réactive l’association qui reste encore l’une des plus visibles en Italie. Les monarchistes peuvent-ils revenir au parlement ? Alessandro Sacchi, qui dirige l’UMI, est persuadé que " la république montre des signes d’agonies ". La politique n’est d’ailleurs  pas une inconnue pour Simone Balestrini. Déjà en 2016, il s’était présenté sur la liste municipale hétéroclite de Nicolo Mardegan sans pouvoir être élu.

Assurément le fringant étudiant, qui était à Paris il y’a peu, est désormais un nom qui s’inscrit dans l’histoire du monarchisme italien.

Frederic de Natal

Liens :

https://www.youtube.com/watch?v=SAZMiTOC6Mg

http://www.simonebalestrini.it/

http://www.unionemonarchicaitaliana.it/

 

 

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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