Un nouveau référendum au Brésil sur le retour de la monarchie

Avec plus de 30000 signatures, soient 10000 de plus que le quorum imposé par la constitution brésilienne, c’est sous le numéro 18/2017 que la pétition intitulée « Referendo pela Restauração da Monarquia Parlamentarista no Brasil » (Référendum pour la restauration de la monarchie parlementaire) a été remise à une commission des droits de l’homme au sénat. Celle-ci aura à charge de vérifier la validité légale de toutes les signatures.

Une fois les signatures certifiées, la pétition sera ensuite remise entre les mains d’un groupe de travail qui aura lui-même le devoir de la transformer en projet de loi afin qu’elle soit présentée officiellement à ceux que l’on surnomme, les « princes de la république ». La chambre haute du parlement brésilien se réservant le droit de l’approuver et de transférer cette pétition au Congrès qui se réunira pour voter ou non en faveur de l’organisation d’un nouveau référendum sur le retour de la monarchie au Brésil.

Les nombreux scandales de corruption qui ont émaillé la présidence de Dilma Rousseff (de 2011 à 2016) et précipité sa chute via une procédure de destitution ont permis la résurgence inattendue du mouvement monarchiste brésilien.

Après 30 ans de dictature militaire soutenue par la droite conservatrice et justifiée au nom de la lutte contre le communisme et pour endiguer la progression des mouvements sociaux qui menaçaient les grandes plantations (dirigées par les descendants de ces Fazendeiros qui contribuèrent à la chute de la monarchie), une assemblée constituante a enfin vu le jour en février 1987. Tous les partis politiques du Brésil dont les monarchistes y furent associés afin de participer à la rédaction d’une nouvelle constitution. 

Rapidement minée par la corruption et endettée, la jeune république fut victime d’une inflation galopante. L’ancien secrétaire d’état à la culture et député de Sao Paulo (1970-1972 et 1982 à 2003) Antônio Henrique Bittencourt Cunha Bueno fait alors entendre dans l’hémicycle la voix de la maison impériale. Ses arguments sont simples. Sous le règne de Pedro II (1831-1889), le Brésil avait connu une grande stabilité économique et la république, issue d’un coup d’état, de facto illégale puisqu’elle n’avait pas consulté les brésiliens comme la constitution impériale l’exigeait et le garantissait. 

C’est un véritable engouement qui se fait alors sentir en faveur d’un retour de la monarchie. Les brésiliens redécouvrant leur famille impériale et la figure très paternelle de l’héritier au trône, le prince dom Pedro-Gastão (Pierre-Gaston) d’Alcantara. Une pétition recueille très vite plus d’un million de signatures et permet le dépôt d’un amendement au Congrès, le 29 octobre 1987. Dans la foulée, le 17 mars 1988, l’assemblée constituante vote (par 366 voix pour, 29 contre et 6 abstentions) l’abrogation du décret interdisant toutes questions sur la question monarchique (clause de pierre) et après un long processus, ratifie en juin 1988 l’organisation d’un référendum qui posera le choix des institutions aux brésiliens (soit une république présidentielle ou parlementaire, une monarchie parlementaire).

Et bien qu’il ait été raillé par ses collègues à diverses reprises pour son idée jugée « folklorique », Antônio Henrique Bittencourt Cunha Bueno réussit à constituer un groupe parlementaire au Congrès avec 9 députés et sénateurs. Le Frente Parlamentar Monárquica (Front parlementaire monarchique) voit le jour. Conférences, interviews télévisées (grâce au groupe parlementaire, les monarchistes bénéficieront d’un temps d’antenne assez large), presse-papiers ou radiophoniques vont jalonner cette campagne en faveur de la restauration de la monarchie. Avec beaucoup de succès parmi les brésiliens. Trop même pour les partis républicains, majoritaires au Congrès national du Brésil (Congresso Nacional do Brasil) et qui s’en inquiéteront. Interrogé par le magazine Point de vue en 1993, quelques mois avant la tenue officielle du référendum le 21 avril,  le prince Joãozinho (Jean) d’Orléans-Bragance évoquait tous ces différents sondages qui affirmaient qu’un peu moins de la moitié des brésiliens souhaitaient fortement le retour de la monarchie. Et bien que la famille impériale fut marquée du sceau de la division dynastique, entre deux branches (les Vassouras sont à la Légitimité catholique conservatrice ce que les Petropolis sont à l’orléanisme libéral), l’optimisme régnait alors parmi les princes de la maison des Orléans-Bragance dont certains plaidaient pour une fusion. « Dans ce pays, la politique se joue beaucoup plus autour d’un homme qu’autour d’un parti. Et le fait de présenter aux brésiliens une famille unie avec un seul candidat ne pourra qu’accroître nos chances de succès (...) » ajoutait avec sourire, le prince dom Joãozinho d’Orléans-Bragance. 

La comtesse de Paris, Isabelle d’Orléans-Bragance (1911-2003), née princesse impériale et baptisée du prénom de la Rédemptrice, se jeta elle-même dans la bataille. Dotée d’un fort caractère, celle qui portait le nom de la fille de dom Pedro II, restée dans la mémoire collective comme la princesse qui signa l’acte d’abolition de l’esclavage dans l’empire, était tout aussi enthousiaste : «Je ne sais pas si les monarchistes gagneront mais je crois qu’ils feront un score surprenant » déclarait-elle au magazine Point de Vue. « Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’attitude de certains membres du gouvernement et des républicains. Il y’a un an les sondages nous donnaient 20% des intentions de vote. Depuis la destitution du président Fernando Collor de Mello  (en 1992 pour corruption-ndlr), ce pourcentage est monté comme un soufflé ».

Pourtant chaque camp fera campagne de son côté, faisant fi des appels à l’unité lancé par le Mouvement monarchiste parlementaire (Movimento Parlamentarista Monarquico, fondé en 1992) et  en dépit des nombreuses tentatives de réconciliation mises en place par le député Cunha Bueno. Une situation qui irritera fortement le prince dom Pedro-Gastão d’Alcantara qui regrettait que cette « autre branche n’a(vait) pas compris que nous (devions) travailler ensemble ». Pour les princes dom Luis- Gastão (Louis-Gaston) et dom Bertrand d’Orléans-Bragance, membres de la congrégation « Tradition, famille et propriété », l’alliance de l’autel et du trône «ne pouvait être indissociable de la monarchie. « De toute façon, si un rétablissement de la monarchie devait avoir lieu au Brésil, ce ne sont pas les princes qui viendront dire : « moi je veux être empereur, moi je veux être roi ! ».* C’est la Constituante, c’est-à-dire le sénat et la chambre des députés qui désigneront celui qui mérite le trône » rétorquait sèchement le prince dom Pedro-Gastão d’Alcatantara quant à la question du nom du prétendant qui se ferait couronner en cas de victoire des monarchistes.

Mais les résultats au soir du 21 avril ne seront pas ceux escomptés par le mouvement monarchiste. Le vote monarchiste ne recueillera que 13.4% des voix (soit 6.843.196 votes) face aux 86.60% (44,266,608 votes) en faveur du maintien de la République. La machine républicaine avait réussi son pari de tenir les monarchistes hors portée du champ de vote des Brésiliens (la cour suprême ayant même décidé de réduire le temps d‘antenne médiatique des princes d’Orléans–Bragance) à qui depuis des générations, on enseignait les bienfaits de la république et dont les manuels d’histoire portaient que peu d’intérêts à la monarchie excepté ses grands événements.

Avec la mort du prince dom Pedro Gastão d’Alcatantara  à l’âge de 94 ans en 2007, qui avait dissout le mouvement monarchiste et interdit à ses partisans de le reconstituer après le référendum, le peu d’empressement de son fils et successeur, dom Pedro-Carlos, à faire acte de candidature au trône, une grande partie des monarchistes reportèrent leurs espoirs sur la lignée des Vassouras. Et si les personnalités de Dom Luis- Gastão et de son frère Bertrand ne font toujours pas l’unanimité, notamment suite à diverses déclarations controversées sur des questions sociétales chères aux brésiliens, la nouvelle génération de princes d’Orléans-Bragance a décidé d’ignorer la querelle dynastique et  de constituer un nouveau parti en 2016, le Movimento brasil real (MBR), et dont le logo a fleuri lors des dernières manifestations anti-gouvernementales.  Doté d’un secrétariat efficace, le Pró Monarquia, les monarchistes brésiliens ont envahi les réseaux sociaux et organisent des rencontres monarchiques permettant aux brésiliens d’échanger avec les princes de la maison impériale. Des jeunes princes comme leurs cadets qui n’hésitent pas à haranguer sur des chars, micros en mains, leurs différents partisans quand ils ne sont pas eux-mêmes dans la rue parmi les brésiliens, diffusant des tracts en faveur du retour de la monarchie.  Ils en sont convaincus : « Le Brésil se dirige irrémédiablement vers une monarchie !» affirmait en juin de cette année, le prince surfeur, dom Joãozinho d’Orléans-Bragance dont la popularité est telle que certains souhaiteraient le voir monté sur le trône tant il fait consensus.

Le 23 mai dernier, le prince dom Louis-Gaston d'Orléans-Bragance, 79 ans et actuel prétendant au trône, a annoncé que la famille impériale et lui-même se mettaient « à la disposition du gouvernement », se posant comme un naturel recours, ce afin de trouver « une solution permettant de mettre fin à la crise morale et idéologique qui frappe le pays ». Lancée par les monarchistes, la pétition est aussi un véritable programme politique qui dessine les contours de la future monarchie à venir. Le souverain désigné aurait de véritables pouvoirs exécutifs avec la possibilité de révoquer le premier ministre, de dissoudre le Congrès ou de convoquer de nouvelles élections. Il resterait le commandant suprême des forces armées et conserverait un droit de véto sur les lois. Une monarchie semi-constitutionnelle dont les pouvoirs seraient contrebalancés par les deux chambres.

Une question qui est regardée de près par le Vatican. En visite cette semaine au Brésil et accueilli par le prince dom Bertrand, le cardinal Raymond Leo Burke (traditionaliste, proche du Pape émérite Benoît XVI et nommé Cardinal Patronus de l'Ordre souverain militaire de Malte), n’a pas fait mystère de son soutien officiel à la branche Vassouras de la maison impériale.

Une seule question demeure encore inconnue aujourd’hui, dans cette perspective d’un référendum sur la question monarchique : la réalité du vote des brésiliens dans les urnes. Et si les sondages affirment qu’entre 20% et 30% des brésiliens voteraient en faveur de la monarchie, celui-ci reste toutefois assez versatile et dépendra de la capacité des princes d’Orléans-Bragance à s’adapter à leur environnement social.

Frederic de Natal.

* Lors du référendum, une troisième branche de la maison impériale, les Saxe-Cobourg Kohary, soutenu par un petit parti monarchiste avait également fait acte de prétention au trône.

Commentaires  

#3 Benoît Legendre 14-07-2017 17:40
Je crois véritablement que l'assentiment populaire, et même un référendum dans de bonnes conditions ne seront pas suffisants ! La monarchie sera rétablie au Brésil, en France, au Portugal, en Italie, en Roumanie etc... etc... quand cela deviendra rentable pour la finance internationale !
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#2 Uillians Molimoto 14-07-2017 02:37
Un jour, les gens aliénées brésiliens se réveiller et restaurer la monarchie
pour cela, nous devons changer la mentalité brésilienne prend pas en charge la gauche ou direira mais soutenir la vérité et apporter une véritable information à la monarchie population vivant
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#1 PELLIER 11-07-2017 07:58
Quand certains de nos compatriotes nous rient au nez lorsque nous parlons de restaurer la monarchie en FRANCE... certains y songent chez eux....
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