Le monarchisme bavarois et l’ombre de Louis II.

Roi fou, Roi bâtisseur, Roi wagnérien, Roi de contes de fées…,  tels sont les qualificatifs que l’on pourrait donner à l’infortuné et incompris Louis II de Bavière  dont la mort, le 13 juin 1886, continue d’être entourée de mystères. Suicide ou assassinat, complot familial ou politique, deux écoles s’affrontent encore aujourd’hui afin de tenter d'élucider le décès à 41 ans de l’un des plus fantasques rois de Bavière et de son psychiatre Bernhard Von Gudden.  

C’est afin d’honorer sa mémoire que des centaines de  monarchistes bavarois, nostalgiques et membres de la « Vereinigung Ludwig II. - Deine Treuen » se sont rassemblés au lac de Starnberg à 20 kilomètres de Munich, capitale de l’ancien royaume de la famille des Wittelsbach. 

Puissante famille du Saint-Empire-Romain germanique dont elle ceindra un temps la couronne (1328-1347), les Wittelsbach ont donné des souverains à la Bavière, le Palatinat (1213-1806), la Bohème (1619-1620), la Suède (1654-1720) et la Grèce (1832-1862). Tour à tour ducs ou électeurs, c’est le 26 décembre 1805 par la volonté de Napoléon Ier qu’ils sont érigés en maison royale. 6 souverains vont alors se succéder jusqu’en novembre 1918, date à laquelle la monarchie chute, emportée dans le tourbillon des révolutions qui vont éclater dans tout le Reich allemand à la fin de la première guerre mondiale.

Tous auront marqué de leurs sceaux la vie politique de leur pays avec des personnages haut en couleurs. Le roi Louis Ier (de 1825 à 1848), époux inconstant et souverain populaire fut pourtant un grand mécène qui contribua à renforcer le caractère culturel de Munich avant d’abandonner sèchement son trône, pour les cuisses d’une demi-mondaine à la beauté fatale, Lola Montès. Son fils et successeur Maximilien II (de 1848- 1864) fut un implacable donneur d’ordres tout au long de son règne, contrastant avec celui de son successeur Louis II à qui il donna une éducation rigide et traumatisante. Trop romantique pour sa charge de monarque, à la beauté angélique, Louis s’enferma peu à peu dans ses forteresses de solitudes, peuplées de fantasmes mythologiques, ses « fadaises d’états » comme il aimera à appeler ses nombreux châteaux, une fois monté sur le trône. Conscient de la puissance de son voisin prussien, il tente de résister à l’appétit des Hohenzollern mais le vague à l’âme du souverain, ses penchants peu conformes à son rôle et un trésor royal qui se réduisait comme peau de chagrin contraignirent son gouvernement à favoriser son abdication et le placer dans un hôpital psychiatrique. Son frère qui lui succède, Othon (de 1886 à 1913), roi sans pouvoirs, qui terrorisait ses domestiques en se prenant pour un loup, force la Bavière à se doter d’une régence, avec sa tête l’oncle Léopold, cet ami du chancelier von Bismarck.

A la mort du régent (1912), son fils Louis III assuma naturellement cette charge héréditaire puis devint roi à la mort de son cousin dont la folie avait été diagnostiquée par un certain … Bernhard von Gudden. Munich fourmillait d’espions prussiens et Bismarck avait eu vent de cette lettre envoyée par le jeune prince à son frère Louis II où il critiquait la proclamation de l’empire allemand (1871), dans la galerie des glaces du château de Versailles, au lendemain de l’effondrement du Second Empire français. Louis II en avait été meurtri. Et en dépit de ses liens maternels avec la Prusse, il ne pouvait que regretter cette guerre qui avait saigné le pays de Louis XIV dont il aimait temps le génie et l’œuvre. Louis II partageait ce sentiment avec sa cousine, Elizabeth que l’on surnommait affectueusement Sissi et dont la perpétuelle mélancolie inconsolable, poussa la presse à se demander si l’impératrice d’Autriche-Hongrie n’était pas, elle-aussi, atteinte de cette malédiction qui frappait les Wittelsbach. Cette douce folie à la fois idéaliste et chimérique qui emporterait un jour de 1889, dans la mort avec sa maîtresse, l’héritier de tout un empire, l’archiduc Rodolphe de Habsbourg-Lorraine, son fils unique. On n’échappe pas à son destin. Les larmes de Sissi furent aussi profondes à la mort de ce cousin qu’elle aimait tant, que la lame qui devait la transpercer sur les rives du lac de Genève, le 10 septembre 1898.

Une révolution éclate à Munich le 3 novembre 1918, organisée par le parti social-démocrate indépendant (USPD) et  dirigée par le journaliste (d'origine juive) Kurt Eisner. Louis III apprend que des émeutes ont éclaté alors qu'il se promène dans le jardin du palais royal. Il envoie l’armée réprimer les manifestations de masse qui se multiplient dans la capitale mais les soldats refusent de tirer sur la foule. Le roi et sa famille craignant pour leurs vies, quittent Munich pour Vienne, le 7 novembre suivant, laissant derrière eux un palais vidé de ses gardes. Un monde s’effondre, la république à peine proclamée 6 jours plus tard sombre dans l’anarchie. Les bavarois se divisent. Républicains, monarchistes du Bayerische Volkspartei (le parti du Peuple Bavarois/BVP) et marxistes spartakistes tentent de s’imposer. Le 21 février 1919, un officier monarchiste se débarrasse d’Eisner en le poignardant.  Une république des conseils de Bavière (Bayerische Räterepublik) organise  rapidement  et peu après un coup d’état. Cet éphémère  régime communiste (avril-mai 1919) sera violemment balayé par la mitraille des corps-francs de la république de Weimar auxquels se sont joints les monarchistes bavarois. La famille royale est alors autorisée à rentrer tandis  que le BVP est désormais au pouvoir; Louis III aura des funérailles nationales en octobre 1921.

Le poids de la famille royale inquiète les Alliés qui craignent que la Bavière ne fasse sécession et réclame au gouvernement fédéral de lui livrer, en vain, le prince héritier Ruprecht (1869-1955). Un prince à qui on faisait porter la responsabilité de centaines de milliers de morts dans le Nord–Pas de Calais que les Bavarois avaient occupé , espérant se créer un nouvel empire avec une partie de l’Alsace-Lorraine et de la Belgique . Royaume sans roi ou république couronnée, les Wittelsbach conservaient une certaine aura dans leur pays, tous leurs pouvoirs régaliens et ne cachaient pas leur exaspération et leur animosité face à la montée du national-socialisme , le parti de Herr Adolf Hitler. A la veille du putsch de la brasserie, en 1923, le leader du BVP, Gustav Ritter von Kahr, propose de restaurer immédiatement la monarchie afin de contrer les visées des nazis. Ruprecht refuse de rencontrer cet ancien caporal obscure de l’armée royale de Bavière qui menace militairement un gouvernement. Celui-ci finira d'ailleurs par appeler à l’aide, l’armée fédérale (la Reichswehr). Le coup d’état sera un échec ; Hitler en gardera une rancune tenace envers ces « princes buveurs de bières ». 1933 sonnera l’heure de la revanche. Le gouvernement monarchiste de Bavière, aux coudes à coudes avec les nazis (45 sièges pour les premiers face à 43 pour les derniers) fait acte de résistance lorsqu’Adolf Hitler prend le pouvoir par la volonté des urnes. Et des partis politiques de Weimar. On tente de proclamer Ruprecht Roi mais il est trop tard. Les tergiversations du gouvernement bavarois provoqueront sa chute en mars, deux mois après la prise de pouvoir par les nazis. La famille royale mise sous surveillance, le prince Ruprecht devient le fer de lance de la résistance au régime nazi durant la seconde guerre mondiale.

Irrité par ses actions, dans les derniers mois du 3èm Reich, Hitler ordonne la déportation de la famille royale (séjournant en Hongrie) vers le camp de concentration de Dachau, puis à Flossenbürg (suite à l'avancée de l’armée soviétique). Ils ne seront libérés qu’en avril 1945 par des militaires français. Sans faire de distinction, les Alliés ordonnent la dissolution du mouvement monarchiste bavarois qui ne pourra se reconstituer qu’une décennie plus tard ("Bayernbund"), envoyant 70 députés sur 193 au parlement Bavarois. Plusieurs tentatives afin de faire du prétendant Albert de Bavière (1905-1996) un ministre –président échoueront et les rêves de restauration de la monarchie bavaroise de s’évanouir dans les années soixante. Acculé, le mouvement monarchiste fusionnera avec l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU – Christlich-Soziale Union in Bayern e.V.).

Comme il est de tradition, la famille royale de Bavière envoie toujours un de ses membres participé aux commémorations du Souvenir.  C’est l’arrière-petit-fils de Louis III et 3ème successible à la couronne, le prince Léopold de Bavière qui, cette année, s’est retrouvé parmi les partisans de la monarchie défunte. Et si un sondage (mai 2016) affirme que 14% des bavarois souhaitent le retour de leur monarchie, les Wittelsbach n’en restent pas moins discrets, auréolés d’une popularité  que l’on retrouve jusqu’au Royaume-Uni  parmi les partisans des Stuarts. Pour les Jacobites, le prétendant au trône catholique de Bavière, Franz von Wittelsbach est sans conteste, à 83 ans, le futur souverain d’une Ecosse indépendante, sans nuls doutes l’héritier légitime de la rose blanche des Yorks.

Hier, près de  la Votivkapelle (la chapelle de la Croix du lac), construite entre 1896 et 1900 en souvenir du dixième anniversaire de la mort  tragique du roi, ont résonné d’un même cœur les notes du « Bayernhymne », l’hymne royal de Bavière. Un pays venu en toute simplicité, communier avec sa dynastie pour le 131ème anniversaire de la mort de « Ludwig II, der König von Bayern ».

Frederic de Natal.

Commentaires  

#1 PATTIER 17-06-2017 04:50
IL FAUT RESTAURER TOUTES LES MONARCHIES EN ALLEMAGNE ET EN ITALIE ET AUSSI EN CREER DE NOUVELLES.
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