La Lei Aura (Loi d'or), ce 13 mai , journée de l'esclavage au Brésil.

Le 13 mai 1888, la princesse Isabelle d'Orléans-Bragance signait la loi d'Or qui abolissait l'esclavage sur tout le territoire de l'empire brésilien. Sans le savoir, la "Rédemptrice" venait d'un trait de plume de mettre fin à la monarchie brésilienne.

Entre le XVII et le XIXème siècle, ce sont plus de 4 millions de noir(e)s , principalement d'Afrique de l'Ouest et de l'ancien empire du Kongo (Angola, Mozambique) qui ont été arrachés au continent africain afin de remplacer les tribus indiennes décimées par les maladies, dans les plantations de café, de caoutchouc et de sucre. Soutiens indéfectibles de la monarchie, les grands propriétaires terriens réunis au sein du Parti Conservateur ont progressivement abandonné le régime au fur et à mesure que celui-ci votait des lois abolissant progressivement cette pratique. Le mouvement abolitionniste eut de grandes figures comme le franc-maçon José Bonifácio de Andrada e Silva, Joaquim Aurélio Barreto Nabuco de Araújo ou encore Ruy Barbosa de Oliveira. Plus étonnant, un certain Guiseppe Garibaldi vint prêter main forte aux insurgés et contribua à créer une république sécessionniste et racialement égalitaire entre 1839 et 1845, forçant l'empereur Dom Pedro II à se plier aux exigences des libéraux et aux revendications d'un parti républicain naissant.

L'historien José Murilo de Carvalho a résumé ainsi la position des brésiliens de l'époque sur la question de l'esclavage : "C'était une société où l'esclavage était largement accepté non seulement comme pratique mais comme valeur. Les possesseurs d'esclaves ne se limitaient pas aux barons du sucre et du café. En possédaient aussi les petits agriculteurs du Minas Gerais, petits commerçants et les employés des villes, le clergé séculier et régulier. Mieux encore : des affranchis en avaient eux aussi. Des noirs et des mulâtres à peine sortis de l'esclavage achetaient leur propre esclave s'ils disposaient des ressources nécessaires. La mentalité esclavagiste allait encore plus loin : on a enregistré des cas où des esclaves possédaient des esclaves. Cette mentalité avait donc pénétré dans la tête des esclaves eux-mêmes. Personne au Brésil, bien sûr, n'aurait voulu être esclave, mais il est bien vrai que beaucoup acceptaient l'idée de posséder un esclave."

Exilée le 15 novembre 1889 manu militari, la famille impériale n'a été autorisée à revenir au Brésil qu'en 1922 après l'abolition de la loi d'exil au sein d'une république instable, victimes de nombreuses tentatives de coup d'états et rébellions monarchistes. Et bien que diverses tentatives de la monarchie ont échouées tout au long du XXème siècle et en dépit d'une forte division dynastique et idéologique, la famille impériale demeure aujourd'hui un pilier de la vie politique brésilienne. Non sans parfois certaines controverses de la part du prince Dom Bertrand d'Orléans-Bragance, âgé de 76 ans et bien connu de la Légitimité. Membre de la Société française pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété , le prince est connu pour ses positions ultra-conservatrices notamment sur des sujets sociétaux comme la protection de l'environnement (il attaque régulièrement les écologistes qu'il appelle les "éco-terroristes" et se veut le défenseur grand-propriétaires terriens) , le mariage pour tous (il avait participé aux manifestations aux côtés des anti-mariage pour tous en 2013, en France ) ou encore les inégalités raciales.

Certains princes des deux branches Vassouras et Petropolis ont du publiquement se désolidariser des propos des princes alors que le sentiment monarchiste regagne du terrain dan le pays, confronté à une violente crise économique et sociale depuis le référendum de 1993 où les brésiliens avaient du choisir entre la monarchie et la république. Particulièrement impliqués dans la vie du pays, les princes brésiliens des deux branches se sont unis dans des manifestations contre le gouvernement actuel, distribuant des tracts en faveur du rétablissement de la monarchie, réunissant autour d'eux des centaines de milliers de leurs compatriotes. Régulièrement interviewés par les médias brésiliens, les princes de la maison impériale ont fondé, il y'a quelques mois, un large mouvement monarchiste, le Movimento Brasil Real.

Plus de 20% de la population brésilienne souhaiteraient aujourd'hui le rétablissement de la monarchie dans un pays où les inégalités raciales demeurent extrêmement fortes ("les effets sur le travail, le revenu (un noir gagne 40 % de moins qu’un Blanc, NDLR) ou la criminalité sont encore quasiment invisibles », analysait Rafael Guerreiro Osorio, chercheur spécialiste de la question raciale à l’Institut de recherche en économie appliquée (Ipea) dans un entretien au journal La Croix en mars 2017). D'après le recensement de 2010, les afro-brésiliens représentent actuellement 7,6 % de la population totale (sans compter les métis) soit 14,5 millions de personnes. Les afro-brésiliens, qui restent majoritairement encore aujourd'hui acquis, au principe monarchique et s'étaient réunis au sein du Frente Negra Brasileira, mouvement monarchiste patrianovista créé dans les années 1930 et dont une des figures de proue fut Arlindo Veiga Dos Santos. Ce maintint des liens étroits avec le prince Dom Pedro-Henrique d'Orléans-Bragance (1909-1981).

Et si le Brésil fait face actuellement à un "risque de retour en arrière avec le nouveau gouvernement conservateur, qui réduit les politiques sociales" en dépit d'une politique de quotas raciaux, il est à noter que "les inégalités se réduisent mais restent une réalité : la population noire avec un niveau d’éducation supérieure a presque quadruplé entre 1995 et 2015, passant de 3,3 % à 12 %, bien en deçà toutefois de la population blanche, dont 25,9 % a un niveau universitaire", ajoutait lors de la même interview Marcelo Paixao, professeur spécialiste de ces questions à l’Université d’Austin au Texas. Une population qui a a donné de grands noms dans l'histoire du pays comme (entre autres) le footballeur Edson Arantes do Nascimento dit Pelé ou le musicien et ancien ministre de la culture, Gilberto Passos Gil Moreira, des musiques restées célèbres comme la Lambada, la samba ou un sport reconnu et pratiqué en Europe, issu de l'esclavage, la capoeira

Le prince Dom Joao d'Orléans-Bragance, qui reste le prince le plus apprécié des monarchistes brésiliens et connu pour son combat en faveur de la préservation de la forêt amazonienne et la protection des minorités, a appelé à diverses reprises l'état brésilien de continuer l'oeuvre entreprise par ses ancêtres. La monarchie brésilienne a été néanmoins l'un des derniers états à mettre fin à la traite négrière et à abolir l'esclavage sur le continent sud-américain.

Frederic de Natal 

Pour plus d'informations : https://www.vexilla-galliae.fr/actualites/europe-international/1983-dom-bertrand-un-orleans-parmi-la-legitimite-au-bresil : Dom Bertand d'Orléans-Bragance, un Orléans parmi la légitimité 

https://www.vexilla-galliae.fr/actualites/europe-international/1345-l-affaire-petrobras-un-scandale-d-etat : Le scandale Petrobras 

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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