[Point de vue] Quel devenir pour les migrants accueillis ?

La crise des réfugiés, l’une des plus graves de l'histoire de l’UE, pose tellement de problèmes que rien ne sera résolu avant bien longtemps, d’où la nécessité absolue de trouver un moyen diplomatique de mettre fin au conflit, avant que n’éclatent la bulle « Europe » et tous ses concepts. L’Europe sans frontières de Schengen et le projet communautaire dans son ensemble sont en grand péril. L’afflux de migrants pose tellement de questions (sans réponses immédiates) de logement et de travail, conditions d’intégration sans lesquelles il n’est point de dignité et de lendemain d’espérance. Cependant, nombre de français dorment dehors, nombre de français pointent au pôle emploi ou deviennent des victimes innocentes de la décadence de la France. On peut comprendre alors que certaines régions sinistrées ne peuvent accepter plus de misère.

Il est certes important que la France, pays d’asile par excellence, pays des droits de l’homme, pays de la liberté, pays européen (mais qui a un taux de chômage effroyable de plus de 3 551 600 personnes) accueille un certain nombre de migrants mais que rien ne soit occulté quant à la suite des événements. Rien ne sera simple, pour ne pas dire complexe et inquiétant pour les semaines, les mois et les années à venir. Il faut bien comprendre que ces migrants, une fois leurs papiers régularisés, vont demander à faire venir leur famille. Quoi de plus normal, quoi de plus légitime : femmes et enfants ont été laissés au pays en attendant de pouvoir les faire venir. Il serait inhumain de ne pas le comprendre et de ne pas l’accepter. Ces migrants sont des hommes, pas des marchandises.

Accueillir, oui, nourrir, oui, héberger, oui, mais pour combien de temps en sachant qu’il faudra un véritable plan pour que ces migrants apprennent le français et puissent travailler selon leur profession d’origine, et après avoir obtenu les équivalences de diplômes. Pour une fois, François Hollande se trouve confronté à de vrais problèmes pour lesquels il ne va pas pouvoir utiliser son habituelle langue de bois. Sera-t-il à la hauteur ? Une fois la maîtrise de la langue, il restera à trouver un emploi et c’est là où tout devient difficile à accepter pour les Français en quête d’un emploi. Qu’on se souvienne de l’accueil réservé aux pieds-noirs en 1962 et « qui venaient prendre le travail des français » ! Et eux, ils parlaient français, étaient formés et ne demandaient qu’à s’intégrer, n’ayant pas non plus fait le choix de quitter leur pays !

Le chef d’État a confirmé que la France accueillerait 24 000 nouveaux réfugiés, conformément au plan de répartition élaboré par la Commission européenne. Son président, Jean-Claude Juncker, entend que les pays membres se répartissent un nouveau contingent d’environ 120 000 personnes ayant fui les zones de guerre : 50 400 en Grèce ; 15 000 en Italie ; et 54 000 en Hongrie. Soit 62 % des demandeurs d’asile qui ont atteint l’Europe au cours des trois derniers mois, selon un document lu par Le Monde. L’Allemagne pour sa part accueillera 31 443 nouveaux réfugiés.

Dans le projet élaboré par la Commission, des États qui ont, jusqu’ici, marqué de vives réticences sont également sollicités : on prévoit 14 931 réfugiés en Espagne ; 9 287 en Pologne ; 2 978 en République tchèque. Les Pays-Bas accueilleraient 7 214 personnes, la Belgique 4 564, la Suède 4 469, la Roumanie 4 646, etc. Exemptés de la politique commune de migration, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark ne font pas partie des pays sollicités par la Commission, mais ils pourront accepter d’accueillir volontairement des réfugiés. David Cameron, le premier ministre britannique, a ainsi annoncé  que son pays était prêt à accueillir jusqu’à « 20 000 » réfugiés syriens sur cinq ans.

Dans la liste des pays réfractaires à l’accueil des migrants, il ne faut surtout pas occulter la réaction des pays du Golfe, dont le Qatar, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, qui n’ont offert aucuneplace d'accueil pour les réfugiés syriens, pas plus que la Russie, le Japon, Singapour et la Corée du Sud. Trop riches pour être généreux.

L'Allemagne s'est engagée à offrir 35 000 places pour les réfugiés syriens par le biais de son programme d’admission humanitaire et de parrainages individuels, ce qui représente 75 % du total pour l'Union européenne (UE). L'Allemagne et la Suède ont à elles deux reçu 47 % des demandes d'asile de Syriens en UE entre avril 2011 et juillet 2015. Outre l'Allemagne et la Suède, les 26 autres pays de l'UE se sont engagés à offrir 8 700 places d'accueil, chiffre qui représente environ 0,2 % des réfugiés syriens se trouvant dans les principaux pays hôtes.

Plus de 4 millions de réfugiés venant de Syrie (95 %) se trouvent dans seulement cinq pays, à savoir la Turquie, le Liban, la Jordanie, l'Irak et l'Égypte. le Liban accueille près de 1,2 million de réfugiés venant de Syrie, ce qui représente environ une personne sur cinq dans le pays ; la Jordanie accueille près de 650 000 réfugiés venant de Syrie, chiffre qui représente environ 10 % de la population ; la Turquie accueille 1,9 million de réfugiés venant de Syrie, soit plus que tout autre pays au monde ; l'Irak, où 3 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays au cours des 18 derniers mois, accueille 249 463 réfugiés venant de Syrie ; l'Égypte accueille 132 375 réfugiés venant de Syrie.

Seuls 40 % du montant de l'appel de fonds lancé par l'ONU pour répondre aux besoins humanitaires des réfugiés syriens ont été obtenus. Les réfugiés syriens les plus vulnérables au Liban ne reçoivent que 13,50 dollars par mois.  Les réfugiés syriens les plus vulnérables au Liban ne reçoivent que 13,50 dollars par mois soit moins d'un demi-dollar par jour pour l'aide alimentaire. Plus de 80 % des réfugiés syriens en Jordanie vivent en dessous du seuil de pauvreté local. Près de 220 000 personnes ont été tuées et 12,8 millions de personnes ont besoin d'urgence d'une aide humanitaire en Syrie.

La crise des réfugiés donne la mesure de la situation économique de l’Allemagne, qui a besoin de migrants pour assurer l’avenir de son pays : l’Allemagne construit, elle a besoin d’ingénieurs, de main d’œuvre, de jeunes qualifiés dans un domaine ou dans un autre. Ce pays a prévu depuis longtemps la formation de ces migrants, si bien accueillis et qui sont les bienvenus. Il dispose non seulement d’une bonne santé économique, mais surtout voit sur le long terme. Ce qui n’est pas le cas de la France, qui ne parvient même pas à assurer le présent aux « enfants » de la République. Cependant, l’État commence à se réveiller. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve vient d’annoncer que 1 000 euros seraient versés aux communes pour chaque place d'hébergement créée d'ici à 2017. 

Dans le chaos de cette crise et de la misère infinie de ces migrants, qui ont réglé aux passeurs des sommes astronomiques, marché parfois plus de 7 000 kilomètres à pied, puis pris une embarcation ô combien fragile, il ne faut pas sous-estimer leur détresse familiale et personnelle, leur souffrance, leur espérance, leur fragilité dans des pays dont ils ne parlent pas la langue et ils sont si loin de leur  culture. L’Europe était leur rêve. La désillusion sera d’autant plus grande qu’au fur et à mesure du temps qui passera, ils regretteront peut-être ne pas avoir pris les armes pour défendre leur pays au prix de leur vie, peut-être, et d’autres sacrifices, mais devenir demain des mendiants, est-ce une vie ? La question se posera hélas de façon cruciale avant longtemps…

Solange Strimon

Petits compléments d’information :

- Selon la Commission européenne, la clé pour le calcul — qui prend en compte le nombre d’habitants, le taux de chômage, le nombre de demandes d’asile enregistrées dans le pays et le produit intérieur brut — a visiblement subi quelques aménagements pour les pays qui traînent les pieds : la Lituanie ne devrait accueillir que 580 personnes, la Lettonie 526, l’Estonie 373. Les pays Baltes n’ont pas de tradition d’accueil.

- Je suis passée voir les migrants installés dans des tentes sur les quais de Seine, dans des conditions inhumaines et je me demande seulement ce qu’ils vont devenir, déplacés d’un camp à un autre. Quelle hygiène de vie et quel espoir d’avenir ?

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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