De la diversité

Pascal Picq, du Collège de France, est avec Yves Coppens l’un des paléoanthropologues français les plus influents et les plus connus. Il est l’un des avocats les plus ardents de la pensée darwinienne, qu’il a largement contribué à diffuser en France.

Dans son dernier ouvrage paru en septembre,  De Darwin à Lévi-Strauss , il pousse un cri d’alarme : 

"l’espèce humaine, fruit de deux millions d’années d’évolution, pourrait ne pas survivre à la perte de la diversité biologique et culturelle entraînée par le mode de vie occidental. Notre modèle de développement est désormais caduc, il est urgent d’en changer. "

Pour lui, Homo sapiens fait subir des atteintes de plus en plus graves et profondes à la diversité sous toutes ses formes : animale, végétale, linguistique, culturelle…Mais il s'attaque aussi à son prochain !

Que nous dit précisément Pascal Picq ?

"L’homme préhistorique d’Amérique tuait pour sa propre survie et, bien sûr, il n’avait pas conscience des conséquences à grande échelle de ses actes. Mais aujourd’hui, c’est en toute conscience que nous détruisons les autres formes de vie, à un rythme effarant. Selon les estimations, le rythme d’extinction des espèces est de 1.000 à 100.000 fois plus élevé qu’il l’a jamais été depuis l’apparition du vivant." Or, " Il faut bien comprendre qu’une espèce ne vit pas dans sa petite niche écologique. En réalité, il n’existe aucune espèce dont les populations évoluent seules, elles le font toujours en relation avec des organismes de toute taille. C’est ce qu’on appelle la co-évolution. Toutes les études montrent que plus il y a de diversité dans un écosystème donné, plus il y a d’échanges entre les espèces qui le composent (échanges de tous types qui peuvent aller du parasitisme le plus délétère et la prédation la plus brutale à la coopération et à l’entraide), et plus chacune de ces espèces, prise isolément, en tire profit (...) Toute pratique qui élimine la diversité est potentiellement délétère : c’est la règle d’or de la survie. La diversité est l’assurance-vie des espèces."

Mais ce n'est pas tout. Car il aborde également la perte de la "diversité culturelle".

Il y a péril pour l’homme. On dénombre entre 4.000 et 7.000 langues (selon la frontière que l’on trace entre « langue » et « dialecte ») encore parlées à la surface du globe. Mais il faut savoir que 97% de la population mondiale s’exprime dans seulement 4% de ces milliers de langues, et que 96% d’entre elles ne sont parlées que par 3% de l’humanité. C’est dire que l’écrasante majorité de ces langues ne sont plus parlées que par une poignée de locuteurs vieillissants et s’éteindront bientôt avec eux. On ne retrouvera jamais tous ces savoirs perdus et utiles pour notre avenir à tous."

Alors, pourquoi ne pas parler de la préservation de toutes les diversités culturelles ? C'est-à-dire la lutte contre le cosmopolitisme et, pire, le métissage si chers à nos bonnes âmes politiquement correctes mais qui sont les fossoyeurs de toute diversité humaine.

Il est clair que les mânes de ce cher Darwin ne sauraient nous démentir. Alors oui, nous sommes Darwiniens, au sens où le Roi parlait de  "ses peuples"!

Jean-Yves Pons

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