Hommage aux deux journalistes assassinés à Kidal

Ce n’était pas des têtes brûlées, mais deux grands professionnels de Radio France International, des spécialistes de l’Afrique depuis de nombreuses années, et qui viennent d’être tués froidement ce samedi après-midi à Kidal dans le nord du Mali.

Ghislaine Dupont, journaliste, 51 ans, et Claude Verlon, technicien de reportage, 58 ans, sont morts assassinés pour avoir voulu rendre compte du quotidien des Maliens à la veille des élections législatives. Enlevés dès leur sortie du domicile d’Ambéry Ag Rhissa, un représentant du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg) qu’ils venaient d’interviewer, ils ont été tués de plusieurs balles et leurs corps abandonnés plusieurs kilomètres plus loin, en dehors de la ville. Selon le témoin de la scène, les ravisseurs parlaient tamacheck, la langue des Touareg. Aucune chance n’a été laissée aux deux journalistes, victimes de la barbarie des opposants à la liberté d’expression et à la démocratie. La scène se serait passée en quelques minutes.

Pour Cécile Mégie, directrice de la rédaction de RFI : « C’est notre travail qui est d’informer qui est atteint aujourd’hui, nous sommes en colère, atterrés. Le Mali devait accueillir une partie des émissions jeudi prochain à Bamako (...) Nous annulons cette opération mais nous retournerons à Kidal ». C’était la deuxième fois que les deux reporters se rendaient à Kidal, y étant déjà venus pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Si toutes les équipes de RFI, du groupe France Médias Monde et les journalistes du monde entier s’associent à la douleur de leurs familles, amis et collègues, Vexilla Galliae s’incline devant ce malheur, qui prouve une nouvelle fois combien le travail des journalistes, si important aux yeux du monde libre, ou espérant le devenir un jour, présente de dangers et combien le monde africain de cette partie du nord du Mali reste éminemment dangereux. Ces assassinats ne doivent surtout pas rester impunis et tout sera fait pour y parvenir.

La liberté de la presse régresse dans de nombreux pays, dont la Syrie, qui ne reçoit plus de journalistes, suite aux récents évènements. Selon Reporters sans frontières, 43 journalistes ont été tués depuis le début de l’année dans le monde, principalement en Syrie (8), en Somalie (7) au Pakistan (6), et en Égypte (6). Par ailleurs, 184 sont emprisonnés en raison de leur profession. En 2012, sur une année pleine, le nombre des journalistes tués dans l’exercice de leur fonction s’élevait à 88. Pour mémoire, ce chiffre était de 58 en 2010 et 67 en 2011.

Pour répondre à cette situation, François Hollande vient de convoquer ce dimanche matin à l'Elysée les ministres des Affaires étrangères Laurent Fabius et de la Justice Christiane Taubira, ainsi que le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), Bernard Bajolet et le représentant du cabinet de Jean-Yves Le Drian (en voyage au Mexique), Cédric Lewandowski, son directeur de cabinet. D’autres personnalités assistaient à cette réunion de crise.

A noter d’autres réactions : le Haut Conseil pour l'Unité de l'Azawad (HCUA), un groupe de notables touareg de Kidal, a dénoncé "avec la dernière énergie l'assassinat de deux journalistes de RFI perpétré ce samedi à Kidal". Le MNLA « mettra tout en œuvre pour identifier les coupables" et a condamné ces crimes "avec toute la rigueur" possible. La chef de la diplomatie de l'Union Européenne, Catherine Ashton, a manifesté "sa profonde tristesse" devant "cet assassinat odieux". L'UE poursuivra "avec détermination son appui aux autorités maliennes dans leur lutte contre le terrorisme". L'association Reporters sans frontières (RSF) a parlé d'"un acte innommable et révoltant". De son côté, le Syndicat national des journalistes (SNJ) rappelle dans son hommage "…le prix payé par certains pour que le public soit informé au plus près des événements sans se contenter des communiqués officiels… »

Aux familles affectées par ce drame, aux amis et collègues, Vexilla Galliae tient à adresser toute sa compassion et son soutien et à leur présenter ses plus sincères condoléances.

Solange Strimon

Commentaires  

#5 Audelys 06-11-2013 10:32
Solange ! Si je vous ai offensée, croyais bien que je le regrette infiniment. Ce n'était certainement pas mon but. N'était pas mon but non plus de mettre tous les journalistes dans le même sac et surtout pas ceux qui accomplissent leur mission en terrain difficile.
Ce que je voulais dire, c'est que quelle que soit la "foi" que l'on a à accomplir son devoir, il faut quand même savoir en définir les limites surtout lorsque l'on bénéficie de conseils avisés. Et il ne faut pas que sa propre action soit préjudiciable à autrui (je parle de risques vitaux). Une mission peut être différée. Se lever droit, son stylo (ou son micro) à la main, face à une bande armée jusqu'aux dents n'est pas forcément un acte de bravoure, même si cela est courageux.
Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient d'excellents journalistes, je vous crois sur parole et je ne veux surtout pas leur faire un procès, ni maintenant ni plus tard.
Alors Solange ! Pardonnez-moi et veuillez recevoir, si vous le voulez bien, mes plus cordiales et sincères amitiés Royalites.
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#4 Solange Strimon 05-11-2013 20:53
Dans toute profession (et les journalistes n'échappent pas à cette règle) : il y a des honnêtes, des opportunistes, des mauvais et tous les autres. Le corps militaire obéit à des règles très strictes, les journalistes à un devoir d'information au plus près du terrain, pour une réalité qui n'a rien à voir avec celle des conférences de presse où tant de mensonges sont déversés. Si Monsieur Fabius a tant insisté sur le nombre de balles, n'est-ce pas parce qu'il y a une autre vérité que ces balles ? Je fais partie des journalistes qui vérifient depuis 40 ans les sources, souvent contradictoires . Dans toute situation, une seule question à se poser : à qui profite le crime (sous-entendu l'opération). Il m'a été révélé une vérité que je ne donnerai pas, n'ayant pas vu les photos, lesquelles d'ailleurs pourraient être truquées. J'insiste toujours pour que l'on ne croit que ce que l'on voit et pas ce que l'on entend. Il faut vivre les situations pour leur accorder du crédit. En 2013, toute vérité est travestie. Nos élus ne font que mentir et tout le temps. C'est pitoyable. Aussi lamentable que le geste de Monsieur Hollande tendant le micro aux quatre otages libérés pour avoir leur avis. Ils venaient de sortir d'un enfer de trois ans, regardaient le sol et le Président leur demandait "comment ça va", un peu comme s'ils étaient dans un show, un télé-réalité. La libération des otages reste pour tout président un acte de haute médiatisation, si vous saviez comme ce responsable politique se moque éperdument de la douleur des autres. Seule compte sa cote. Et celle de François Hollande est tellement basse (19 % et non 21 %) qu'il prend tout ce qui peut l'aider à remonter. Le problème de nos élus, c'est qu'aujourd'hui, l'information passe par tous les réseaux et à toute vitesse. Mais pour en revenir à ces deux journalistes de haute volée, ils voulaient vraiment apporter un éclairage sur la situation actuelle dans cette zone et leur sincérité ne peut en aucun cas être remise en question. Dans notre profession, ces deux-là nous faisaient honneur. Dieu les accueille. Merci de votre intérêt.
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#3 Pellier Dominique 05-11-2013 16:03
Je me joins aux souhaits de Mme LAUGIER devant cette horreur. Je m'associe à la peine des familles.
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#2 Audelys 05-11-2013 11:58
J'adhère pleinement à l'hommage que vous rendez à ces deux journalistes. Il ne peut en être autrement et je suis sûr que Dieu les a pris à ses côtés.
Cependant, et pour sortir de la douleur provoquée par ces faits criminels, il ne faut pas oublier que dans la vie on ne peut pas faire ce que l'on veut, qu'il y a des contraintes, des barrières que l'on ne peut franchir.
Il en va ainsi de la mise en garde de ces journalistes par nos militaires qui leur avaient déconseillé de se rendre à Kidal et de leur refus de les accompagner en raison de l'instabilité de la région, de son non-contrôle, bref de la dangérosité du projet. Ils ont quand même voulu s'y rendre mettant en danger la vie de nos militaires qui se sont précipités à leur secours dès qu'ils ont eu connaissance des faits, et qui aujourd'hui poursuivent la "chasse" aux meurtriers.
Cette affaire m'en rappelle une autre : celle des deux farfelus d'Antenne2 en Afghanistan.
Je crois que les journalistes feraient bien de se raisonner lorsqu'ils sont sensibilisés par des spécialistes : nos militaires.
Enfin, pour ce qui est du droit à l'information - et bien que les faits n'ont rien de comparable, mais sur le fond, c'est pareil - je rappellerai aux journalistes leur comportement à l'égard de leur collègue qui avait filmé et diffusé le mur des cons chez les juges rouges. Mais quel soutient ! Bravo ! Je ne connais pas ce Monsieur (M. Weil je crois), mais il a disparu des écrans, victime justement du droit variable à l'information. Un peu de pudeur messieurs les journalistes ....
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#1 LAUGIER Sylvie 04-11-2013 20:05
Moi aussi, qu'ils reçoivent mes sincères condoléance, et que leurs assassins soient très vite arrêtés et très sévèrement punis. Que la famille des défunts reçoivent ma consolation. Affectueusement .
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