Rétablissons l’Index !

 

Notre Sainte Mère l’Eglise savait encore naguère aider ses brebis à paître dans son près en toute sécurité. Outre les directions claires des pasteurs et le catéchisme solide appris par tout fidèle, le pasteur des pasteurs savait aussi condamner l’erreur quand cela était nécessaire et excommunier l’hérétique s’il se révélait dangereux pour la Foi.

Il est certes parfois difficile pour le contemporain de comprendre cette logique salutaire, car c’est justement cette logique que l’on a voulu réduire en cendre : détruire l’absolu de la Vérité par excellence – celle révélée, et avec toutes ses conséquences sur tous les aspects de la vie tant en matière religieuse, morale que politique et sociale – pour instiller un relativisme absolu, tolérante envers toutes les erreurs mais persécutrices de la seule vérité.

Quelle intolérance ! me dira-t-on. Je répondrai : oui, l’intolérance charitable ! Pourquoi charitable ? C’est simple, et les pères de famille qui se posent des questions ne peuvent qu’en faire l’expérience avec leurs enfants : rien n’est pire que de permettre aux personnes que l’on aime sincèrement et profondément de s’enfoncer dans l’erreur : au contraire, ceux qui nous sont indifférents, on les laisse aller à la dérive. Nous sommes une époque à la dérive et c’est triste.

« Qui aime bien châtie bien ». Proverbe éculé diront d’aucuns mais pourtant si vrai une fois bien compris. La mère de Saint Louis affirmait qu’elle le préférait voir mort qu’en état de pêché mortel : son fils est devenu un saint, et personne ne doute de l’amour maternel et de sa tendresse qui, loin d’être en contradiction avec la sévérité, la justifie justement, et en font une sévérité juste et bien ciblée.

L’intolérance, l’intransigeance et la sévérité dans la charité sont nécessaires. Mais excessivement ardues : il est certes bien plus simple de laisser couler, de s’effacer, de se taire, d’abandonner son autorité, surtout dans un monde « qui vous tombe à bras raccourcis dessus » pour tout et n’importe quoi. Cette charité si nécessaire de la condamnation et du châtiment demande en effet une irréprochabilité de l’autorité : condamner, châtier demandent une assurance forte dans l’exercice de cette autorité. C’est-à-dire qu’il est nécessaire d’être sûr de soi, pour pouvoir exercer son autorité avec justice et force, car rien n’est pire que de vexer la justice par l’usage d’une force injuste, mais encore d’affirmer la vérité avec faiblesse. Tous nos pasteurs et les sacrements étaient là pour nous soutenir, ils sont toujours là pour nous soutenir. Et puis, la faillibilité est humaine, il est donc possible de se faire pardonner, si l’on est sincère, le jour où l’on se trompe ; mais il faut que l’erreur soit rare, inexistante, car elle blesse par trop la justice et la charité, puisqu’une autorité mal exercée peut éloigner sa brebis du salut.

 

Bref, nous autres, brebis égarées dans un monde si mondain, nous sommes attaqués de toute part et cherchons la vérité, la solidité des amarres de la vérité. Dans le domaine intellectuel aussi. Naguère existait l’heureux Index, qui guidait l’amoureux de la vérité dans ses lectures, pour éviter les plus perverses -et il y en a, surtout dans la France révolutionnaire, la France illuminée et la France hérétique ou apostate. Il fut évoqué, semble-t-il, l’impossibilité de suivre l’immense train des parutions, d’où la suppression de l’Index : triste concession au monde. Si, certes, le volume des parutions est simplement dantesque et impossible à suivre par les prélats, qui ne feraient plus que ça, surtout dans une époque prise dans le double étau de l’explosion des parutions et la réduction drastique des effectifs de clercs – quand donc regardera-t-on donc les raisons évidentes de cet écroulement en face ? -, n’existe-t-il donc aucun moyen de redonner un phare salutaire dans nos lectures ? S’il devenait certes difficile de continuer à suivre le rythme des parutions, du moins aurait-on pu garder la liste des livres interdits par le passé, car dangereux, c’est déjà un bon guide. Car ce qui fut dangereux pour la foi l’est toujours.

Il y a surtout mieux, et une véritable possibilité, simple à mettre en œuvre, pour rétablir l’Index : il suffit de passer à un Contre-Index. Les moyens humains et matériels sont trop faibles pour maintenir à flot un index de condamnation digne de ce nom, solide, suivi et digne de confiance, n’est-ce pas ? Qu’à cela ne tienne ! Il suffit de faire un Contre-Index, c’est-à-dire un Index contraire : un Index qui liste les ouvrages bons pour la Foi et que l’on peut lire sans danger pour la Foi, voire même la liste de livres recommandés officiellement par l’Eglise pour la Foi.

Cela permettrait, dans le brouillard ambiant, de donner des indications positives à tous les pèlerins de cette vie pour se diriger sur le chemin de la vérité : indication positive qui évite à la fois la condamnation, plus difficile à mettre en œuvre, et qui demande une assurance charitable qui n’est peut-être plus suffisamment assurée aujourd’hui, et permet aussi une mise en œuvre facile et efficace.

Il n’est pas besoin d’être un grand clerc en effet pour savoir qu’a priori l’immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité, de ce qui paraît devrait être mis à l’index. Nous sommes dans cet univers triste. Il n’est donc effectivement plus besoin de l’Index matériellement parlant : on peut considérer que tout ce qui paraît est a priori mis à l’Index par défaut. C’est pourquoi il faut établir un Contre-Index, qui se chargerait de désinscrire les bons livres mis à l’Index par défaut. Et nous pourrions a minima connaître une liste de bons livres solides, officiellement soutenus par le dépositaire des vérités révélées et de la sainte tradition.

Que puisse m’entendre des clercs et leur donner des idées pour le salut de nos âmes ! Que l’Eglise, aidée par l’Esprit Saint, parvienne à retrouver son intransigeance et son intolérance charitable !

Car nous le savons bien, la censure ne disparaît jamais. Si l’erreur, le blasphème et le lèse-majesté ne sont pas censurés, alors ce sera la vérité, les louanges, et la piété filiale envers son roi qui seront censurés, peu importe le moyen concret : dans cet univers de censure injuste, nous y sommes en plein. Hélas !

 

Antoine Michel

 

 

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