La joie chrétienne

Face à la morosité des temps et aux faux airs enjoués de nos contemporains prisonniers du « festif » que leur impose le monde pour mieux les abrutir, il est méritant d'essayer de demeurer la tête hors de l'eau et de ne pas céder au pessimisme ou à une tristesse indicible.

Le « spleen » n'est pas nouveau puisqu'il est un héritage romantique né du bouleversement horrible de la révolution. Comment ne pas désespérer alors que ce qui était jusqu'alors aimé et familier est devenu haïssable et réduit à néant ? Le torturé Vincent Van Gogh écrivait à son frère Théo, quelques jours avant de se suicider : « La tristesse ne finira jamais ».

Les âmes qui ressentent aujourd'hui un désarroi identique sont nombreuses. Il suffit de regarder autour de soi dans les rues et les transports : une chape de plomb semble s'être abattue sur les têtes baissées sur les tablettes et les téléphones portables, obéissant à l'appel du ludique pour oublier le désespoir. Au milieu de ces ténèbres, régulièrement, l'Etat-providence invite à des explosions bruyantes de défoulement, à s'éclater : manifestations sportives ou culinaires, nuits à thèmes, loisirs démultipliés et obligatoires... Ce sont de pauvres oripeaux pour cacher la misère qui demeure.

Le jeune Gustave Flaubert, âgé de dix-huit ans, avouait à Ernest Chevalier en 1840 qu'il vomissait « la France, (sa) succulente patrie, ce pays de boue ». Il est écrasé (déjà !) devant le spectacle de son pays aimé mangé par la vermine. Alors pour ne pas céder à la désespérance, il ajoute dans une autre lettre, non sans humour : « (…) Il faut se gratter le cœur de temps en temps avec un peu de bouffonnerie pour que la gale en tombe. » C'est dire qu'il est encore en phase avec sa sève chrétienne.

Voilà sans doute ce qui nous manque actuellement : retrouver la joie parfaite malgré la médiocrité et l'adversité ambiante. L'homme n'est pas fait pour macérer dans ses idées noires mais pour toujours rebondir, y compris dans la persécution la plus violente, l'incompréhension la plus profonde. Un chrétien, fils du doux royaume de France, ne se complaît pas dans le regret de ce qui a disparu. Il ne se repaît pas de cendres, pour reprendre l'expression du prophète Isaïe (XLIV.20). Il est capable d'éprouver la joie même si tout le reste du monde se dresse contre lui ou s'écroule sous ses pieds.

Certes, nous vivons dans un siècle de comédie et de tragédie dont « les trois quarts des acteurs sont des charlatans » comme le signalait déjà Stendhal dans ses Souvenirs d'égotisme. Rien de neuf dans cette découverte. L'appel qui nous est adressé par le Ciel ne change pas. Nos découragements, nos infidélités ne peuvent pas ébranler l'édifice qui nous est confié, l'Eglise. Voilà une raison suffisante pour éclater de joie avec les montagnes et les forêts dont parlent les Prophètes. Encore faut-il ne pas se tromper d'abreuvoir et ne pas céder aux modes du jour et aux sirènes ensorcelantes. La joie du cœur nous sera donnée si nous ne manquons pas le véritable trésor.

Dans sa préface au livre de Bernardet La Liturgie, l'Eglise et la Sainte Vierge, Paul Claudel note justement ce qui doit nous inspirer : « Quand, en chemin de fer par exemple, nous voyons cet ecclésiastique plonger le nez dans son bréviaire et élever ensuite vers le ciel ses lèvres murmurantes et ses yeux fermés – un peu à la façon d'un oiseau qui boit ! - c'est le courant qui, par-delà les siècles, remonte plus loin qu'Aaron et que Moïse où ce prêtre vient à son tour s'abreuver. »

A nous d'abandonner les flacons qui procurent les ivresses conduisant à la tristesse.

P.Jean-François Thomas s.j.

Ecrit le 13 octobre 2016

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