Préparez la fête de Pâques sur le chemin du carême 1/2

Pendant les 40 jours du Carême, du Mercredi des Cendres, 10 février, au dimanche de Pâques, 27 mars 2016, les catholiques du monde entier sont invités à préparer leur cœur à la fête de la résurrection du Christ, le jour de Pâques, à changer de vie, à se “convertir”, au sens littéral du terme, c’est-à-dire à “se tourner vers” Dieu et vers autrui, en pratiquant la prière, le partage et le jeûne. Le mot Carême vient du latin Quadragesima (dies) « Quarantième jour » (avant Pâques). Les dimanches n'étant pas jeûnés dans la religion catholique, le carême commence donc 46 jours avant Pâques (40 jours + 6 dimanches).

Il s’agit de se souvenir de la retraite que Jésus effectua dans le désert où il se retira afin de prier et méditer durant 40 jours. Il y fut tenté plusieurs fois par Satan qui le soumit à plusieurs épreuves afin d'éprouver sa Foi. Cet épisode est raconté en détail dans les évangiles de Matthieu et Luc (plus brièvement par Marc et passé sous silence par Jean). Il est connu sous le nom de Tentation du Christ. Durant les 2e et 3e siècles, le carême est peu observé par les fidèles et la durée du jeûne n'est pas fixée par l'Église catholique. Certains croyants ne pratiquent alors qu'un jeûne de deux jours, durant la préparation de Pâques. Le philosophe chrétien saint Justin (Justin de Naplouse, † 165) écrit que les catéchumènes (candidats au baptême) « sont instruits à prier et à implorer de Dieu, en jeûnant, la rémission de tous péchés passés, tandis que nous prions et jeûnons avec eux ».

Vers 195, l'évêque de Lyon saint Irénée, inspiré de saint Justin, adressa au Pape Victor 1er († +199) une lettre indiquant qu'un jeûne obligatoire était observé par les chrétiens les vendredis et samedi saints, afin de commémorer le départ de leur Époux, le Christ. Le carême devient courant entre 300 et 325, et il s'organise autour de la préparation au baptême des catéchumènes. On demande aux fidèles de faire preuve de solidarité et compassion en priant et en jeûnant. On trouve dans l'Histoire ecclésiastique (324) écrite par Eusèbe de Césarée (265 † 340) le récit des nombreuses pratiques observées pour le jeûne de Pâques.

La nature du jeûne n'est pas fixée officiellement par l'Église Catholique. Il doit avant tout faire sens pour le fidèle, la privation n'étant pas une fin en soi. Comme toute ascèse, elle trouve son sens dans un renforcement de la Foi et non une mortification de la chair, comme on en voit dans certains films. Il s'agit surtout de se priver du superflu (viandes, sucreries, graisses) afin de se consacrer aux autres par l'Aumône et à Dieu par la prière. Par ailleurs, il y a un enjeu authentique de conversion sur le plan spirituel. Face à un enjeu de changement, le jeûne donne des ressources pour faire face à un passage. Le jeûne apporte des réponses. Tout d’abord, il faut affronter la crainte du manque. Et c’est très encourageant de se rendre compte qu’on peut y arriver. Cela donne finalement une confiance personnelle très forte : « mon corps a des ressources pour vivre des périodes de disette ! ». A travers le jeûne, nous percevons aussi les dysfonctionnements de notre alimentation. Il y a des personnes qui font des excès : cela permet de trouver une mise à distance, de retrouver une forme d’hygiène de vie, de bien-être.

Enfin, le système digestif au repos dégage des ressources supplémentaires. On a moins besoin de dormir. La qualité de concentration est différente. Le niveau d’acuité intellectuelle est renforcé. L’énergie du corps passe à la tête... il y a toujours beaucoup d’angoisse à l’idée de se priver de nourriture. Au niveau spirituel, cela relève du lâcher prise. En nous plaçant en position basse, en posture d’humilité, nous allons renoncer à notre appétit de puissance. Nous allons faire le tri de ce qui est nécessaire ou pas dans nos vies. Dans ce travail d’introspection et de mise à distance, tout ce qui est excessif dans nos vies va être temporisé. Enfin, on ne jeûne pas que pour soi. Le jeûne ouvre aux autres et à la vie caritative.

Ce n'est pas la première retraite de 40 jours recensée dans la Bible, car Moïse aussi se retira sur le Sinaï durant 40 jours, comme le rapporte le livre de l'Exode. Ce dernier relate l’errance du peuple hébreu guidé par Moïse, à travers le désert, vers la Terre promise. C'est durant cette épreuve qu'il recevra les Tables de la Loi. De même, Jésus commencera sa prédication une fois sa retraite terminée. Cet épisode a donc d'autant plus d'importance qu'il inscrit Jésus dans la tradition des grands prophètes bibliques et comme étant le Messie attendu. On notera que la période de Carême se déroulant avant le début du printemps, elle fut d'autant plus suivie que cette période correspondait à la fin des réserves consommée durant l'hiver par les paysans. Les populations européennes avaient coutume de manger moins (faute de ressources suffisantes) et attendaient le retour du printemps, lequel signifiait le renouveau des cultures.

Depuis le IVème siècle, on commence à constituer ce temps comme temps de pénitence et de renouvellement pour toute l’Église, avec la pratique du jeûne et de l’abstinence. Conservée avec vigueur dans les églises d’Orient, la pratique pénitentielle du Carême s’est assouplie en Occident. Mais on continue à y observer un esprit de pénitence et de conversion. « L’Église s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême au mystère de Jésus dans le désert » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 540).

La pénitence, traduction latine du mot grec metanoia qui signifie « conversion » (littéralement « changement d’esprit ») du pécheur, désigne tout un ensemble d’actes intérieurs et extérieurs en vue de la réparation du péché commis, et l’état de fait qui en résulte pour le pécheur. Littéralement « changement de vie » se dit de l’acte du pécheur qui revient vers Dieu après s’être éloigné de lui, ou de l’incroyant qui reçoit la foi...

La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. « L’Écriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière et l’aumône, qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. A côté de la purification radicale opérée par le Baptême ou par le martyr, ils citent comme moyen d’obtenir le pardon des péchés, les efforts accomplis pour se réconcilier avec son prochain, les larmes de pénitence, le souci du salut du prochain, l’intercession des saints et la pratique de la charité « qui couvre une multitude de péchés » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1434).

  « Dans l’Église universelle, tous les vendredis de l’année et le temps de carême sont des jours et des temps de pénitence. » (Code de droit canonique, 1250). En souvenir du jour de la mort de Jésus-Christ sur la sainte Croix, « pendant tous les vendredis, à moins qu’ils ne coïncident avec une solennité, on doit observer l’abstinence de viande, ou de tout autre aliment déterminé par la Conférence épiscopale ; on gardera jeûne et abstinence le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. » (Code de droit canonique, 1251). L’Église nous invite à faire du Carême un temps de retraite spirituelle dans lequel l’effort de méditation et de prière doit être soutenu d’un effort de mortification personnelle, laissée à la libre générosité de chacun.

Si on vit bien le Carême, on doit obtenir une authentique et profonde conversion personnelle, et nous préparer de cette manière à la plus grande fête de l’année : le dimanche de la Résurrection du Seigneur. Cette période du carême permet aussi de nous recentrer sur l’essentiel et de mieux nous connaître au fil des ans, des épreuves et des joies si nous avons bien pratiqué ce carême.

Quelques mots sur ce chiffre important de la Bible, le 40, qui a 3 significations : L’épreuve ; La fin de l’épreuve ; L’achèvement dans la maturité. Il est souvent, pour ne pas dire toujours, nécessaire d’endurer l’épreuve jusqu’à la fin pour acquérir la maturité. D’après une certaine tradition juive nous arrivons à maturité à 40 ans ! Quelques exemples pour le 40 :

Le déluge dura pendant 40 jours ; La pluie tomba sur la terre pendant 40 jours et 40 nuits, Genèse 7.12. & Genèse 7.17. ; Au bout de 40 jours, Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche, Genèse 8.6. ; Moïse à 40 ans quitte l’Égypte ; Il reste 40 ans dans le pays de Madian ; Il vivra encore 40 ans. Moïse se retire dans la montagne pendant 40 jours. Moïse entra dans la nuée et monta sur la montagne,  « 40 jours et 40 nuits, » Exode 24.18.

Dans la période des Juges il est dit qu’Otniel, Débora, Barak et Gédéon furent chacun juge pendant 40 ans ; Élie a aussi connu « une retraite » de 40 jours, 1 Rois 19.8 ; Après la sortie d’Égypte, le peuple hébreu a marché dans le désert pendant 40 années avant de s’installer sur la terre promise, que ne connaîtra pas Moïse, Deutéronome 8.2.

40 ans, c’est aussi la durée du règne de David et de celui de Salomon.
David avait trente ans à son avènement et il régna pendant 40 ans, 2 Samuel 5.4.
La durée du règne de Salomon à Jérusalem sur tout Israël fut de 40 ans, 1 Rois 11.42.
Ninive eut un sursis de 40 jours, Jonas 3.4.

Jésus se retire dans le désert pendant 40 jours ; Il jeûna durant 40 jours et 40 nuits, Matthieu 4.2. & Marc 1.13. ; Durant 40 jours, tenté par le diable, Luc 4.2. ; Jésus ressuscité revient sur Terre après sa résurrection pendant 40 jours ; L’Ascension a lieu le quarantième jour après Pâques ; Le peuple juif resta environ 400 ans (10 fois 40) en Égypte, puis 40 ans dans le désert ; Jésus est né selon la bible environ 4000 ans (100 fois 40) après la création.

Ces quelques chiffres donnés pour le plaisir, à propos du temps, il faut apprendre à relativiser,  un autre temps d’apprentissage de la vie, ne pas donner trop d’importance à des événements qui n’en ont pas, voilà les secrets d’une vie réussie. J’ai presque envie de vous dire, soyez en paix avec vous-même quels que soient les méandres de votre journée. Soyez heureux de vivre tout simplement …

Solange Strimon

Commentaires  

#3 marlène ytier 11-02-2016 17:34
Chère Solange ,merci !!!!!
le secret du bonheur et d'une vie réussie ,c'est AIMER le SEIGNEUR chaque jour et chaque jour un peu plus !!
Chaque dimanche vers midi ,quand je sors de la messe ,je suis a 30 cm du sol ,je suis heureuse d'avoir pu vivre d'intenses émotions qui me permettent de vivre la semaine ,et de trouver la force ,si des obstacles se présentent . Comment font ceux qui ne connaissent pas le Seigneur ???
Merci Seigneur de m'accompagner ,sur le chemin .
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#2 Charles d Antioche 08-02-2016 18:44
Très belle chronique qui replace Pâque et le jeûne dans une profondeurque j'aimerais voir et entendre plus souvent dans les homélies! !

Un confrère chroniqueur.
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#1 Renaud, Serv du Roy 07-02-2016 10:27
Merci, chère Solange, de vos incomparables chroniques dominicales.

Elles sont source de réflexion et de connaissance.

Soyez-en grandement remerciée.
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