Apprivoisons avec le sourire cette « inévitable invitée»

Profitons de cet espace très particulier qui nous a remis dans le souvenir de nos aïeux pour essayer de voir la mort autrement, une amie, surtout pas une ennemie.  Et pour nous mettre dans ce bain d’une réalité bien vivante « on naît pour mourir », « la mort est une conséquence inévitable de la vie », n’oublions pas que tant que l'homme aura peur de la mort et qu'il la considérera comme un « objet extérieur à lui », tant qu’il n’aura pas accepter le fait qu’il n’est que de passage, appelé comme des milliards d’êtres vivants avant lui à passer de l’autre côté de la rive, il ne trouvera jamais la sérénité du départ vers cette vie qui nous attend, avec notre famille, nos amis, nos proches, vivant déjà dans la sphère lumineuse de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Nous n’aurons plus aucun problème d’aucune sorte et connaîtrons un bonheur qui n’appartient qu’à ceux qui sont montés là-haut. N’ayons pas peur de la mort, rendons-la familière, souriante, patiente.

Nous sommes entourés de nos morts, ils sont là et il ne faut surtout pas en avoir peur et ne pleurer qu’un temps, pas trop, car plus nous pleurons et plus nous les rattachons au sol, moins ils ont le courage de couper le fil d’argent qui les relie à la terre. Ils font partie de nous, de notre conscient et de l’inconscient et s’il n’est pas possible de les serrer sur notre cœur, il s’avère parfois possible de les retrouver dans un rêve. Je vous ai trouvé un conte chinois que je trouve bien  agréable. J’espère qu’il vous plaira et qu’après l’avoir lu, votre cœur aura trouvé une certaine paix.

« Un jeune homme était parti chercher du bois dans la forêt. Il marchait depuis longtemps déjà et il commençait à être bien chargé. Aussi était-il fatigué. Il arriva à une source. Il y avait une sorte de conque formée de rochers et de racines. Il posa son fardeau, s’agenouilla et bu longuement. Puis, il se mouilla la nuque, se lava le visage, plongea la tête dans la cuvette. Quand il se releva, il aperçut son reflet dans l’eau. Mais il y avait quelqu’un à ses côtés. C’était une vieille femme au visage pâle. Ses yeux sombres étaient profondément enfoncés dans les orbites. Elle était maigre, très maigre… Elle n’avait que la peau sur les os. C’était la mort. Le jeune homme frissonna, il pâlit. Vous pensez bien qu’il n’avait pas envie de mourir ! Il était si jeune. Que veux-tu? Parvint-il à murmurer – Rassure-toi, ce n’est pas toi que je viens chercher. J’attends quelqu’un d’autre, lui répondit la Mort. Aussitôt, le jeune se sentit mieux. Alors il dit : – Vois-tu, c’est effrayant de te voir surgir ainsi. Je voudrais te demander quelque chose. Le jour où mon heure sera venue, le jour où c’est moi que tu viendras chercher, préviens-moi un peu à l’avance pour que je m’habitue à l’idée. Envoie-moi quelques signes…

La Mort promit. Le jeune homme rentra chez lui avec son bois. Il reprit ses occupations. Le temps passa. Il fit la connaissance d’une belle jeune fille et ils se marièrent. Ils eurent trois enfants qui grandirent. Ils n’étaient pas riches mais ils vivaient heureux dans leur maison à l’orée du bois. Les années passèrent et les enfants eurent des enfants à leur tour. L’homme allait toujours chercher du bois dans la forêt et depuis tant d’années, il avait pris l’habitude de se rafraîchir à la même source. Un jour, comme il s’y désaltérait, il vit le visage de la Mort se refléter dans l’eau. Il tressaillit, se retourna et lui demanda ce qu’elle faisait là. – Ce que je fais là ? Je suis venue te chercher, répondit la Mort. – Comment ? Déjà ? Tu as oublié ta promesse… tu devais me prévenir avant de venir, se plaignit l’homme.  - Mais, dit la Mort, n’as-tu pas vu tes cheveux blanchir ? N’as-tu pas vu les rides creuser ton visage ? Les fagots n’étaient-ils pas un peu plus lourds chaque année ? Tes pas dans la forêt ne pesaient-ils pas davantage au fil du temps qui passait ? Comment oses-tu dire que je ne t’ai pas prévenu ?

Hé oui, il nous faut apprendre à reconnaître les signes du vieillissement qui ne manquent pas et si l’eugénisme est plus que jamais à la mode, laissons cette folie à ceux qui ne croient pas, qui s’accrochent à la vie, qui ne veulent pas accepter cette réalité, douloureuse certes, mais inévitable. Pour qui a la chance de croire à la résurrection, à la vie éternelle, cette étape peut sembler bien moins difficile qu’à d’autres qui pensent que la vie n’est qu’une chandelle. Une fois qu’elle a brûlé, elle n’existe plus. La vie demeure une réalité précieuse à assumer, à protéger, à sauvegarder, à promouvoir. La mort est à préparer tranquillement, sans peur et sans angoisse. Si les enterrements nous paraissent ici plutôt tristes, ce n’est pas le cas dans d’autres cultures du monde.

Voyons comment se passent les rites funéraires ailleurs. Je  vous ai choisi quelques rites. Les rites funéraires sont un élément culturel primordial, l’un des plus étudiés dans les civilisations. Cela fait même souvent partie des seuls indices qu’on peut encore trouver et comprendre quand on étudie de très anciennes civilisations. A l’heure actuelle dans le monde et contrairement à ce que l’idée de globalisation pourrait suggérer, les coutumes varient selon les pays. Bien entendu, certains éléments se retrouvent dans le monde moderne, comme l'assurance décès ou les manières d’enterrer les morts. Certains éléments varient néanmoins, que ce soit la manière d’appréhender la mort d’un proche, l’enterrement ou même l’idée de mort en général. Voici quatre exemples particulièrement intéressants.

En Afrique : le rite funéraire chez les Dogons. Ils varient beaucoup en Afrique selon la géographie. En Afrique de l’Ouest plus exactement au Mali, on trouve par exemple les Dogons. Ils habitent une région située à l’ouest du Niger, appelée simplement Pays Dogon. Ils seraient environ 700.000 personnes. Ce sont principalement des cultivateurs et ils échangent en plusieurs langues.  Le rite funéraire dure plusieurs années. Les rites funéraires ne sont pas les mêmes qu’en France, au sens où tout ne se fait pas en même temps. Une première étape est l’enterrement ou plutôt le dépôt du corps du défunt : on va laver le corps du mort et on le laisse ensuite dans les failles des falaises, qui font office de cimetière à l’air libre. Cela ne s’arrête pas là car les Dogons considèrent que l’âme du défunt continue d’errer dans la maison. Quelques mois après le décès, le village organise des funérailles de manière à faire un hommage au défunt. On considère alors que l’âme erre dans le village. Le dama (ce terme signifie "interdit" en langue dogon et il a été traduit par "lever de deuil", puisque la cérémonie marque la fin des interdits liés à la mort d'un individu) intervient plus tard et il s’agit d’un événement collectif. On l’organise tous les 3 à 5 ans et elle concerne toutes les personnes décédées les années précédentes. Pendant trois jours, on appelle alors les âmes à rejoindre celles des ancêtres, tout en portant des masques et en défilant dans le village. Le deuil est alors terminé.

Au Tibet, les rites funéraires varient selon le climat, ou l’argent. Au Tibet on enterre rarement les morts, en partie à cause du climat, le sol étant gelé. La plupart du temps on réserve l’enterrement aux criminels et aux personnes décédées de maladies. Certains considèrent aussi que l’enterrement gêne la réincarnation. Le rite funéraire est lié aux éléments : les funérailles célestes sont liées à l’air ; les funérailles de l’eau sont liées à l’eau ; l’enterrement est lié à la terre ; la crémation est liée au feu. Le statut du défunt a ensuite beaucoup d’importance. On utilise l’embaumement pour les plus hauts dignitaires religieux et la crémation pour les personnalités, dont les lamas. Dans tous les autres cas de figure, on offre le corps à la nature, le don étant un principe du bouddhisme. Certains, pauvres ou errants, déposent leurs morts sur des rochers élevés. Deux types de funérailles ont lieu pour les autres. Certains pratiquent les funérailles de l’eau, qui concernent souvent les gens pauvres. Les funérailles célestes sont les plus courantes, se pratiquant de préférence sur des rochers sacrés. Le corps est disséqué, les os broyés et le tout est laissé aux animaux sauvages.

Au Japon, les obsèques coûtent très cher, et c’est normal. Les familles japonaises dépensent en moyenne plus d’argent que toutes les autres au monde. Les obsèques coûtent environ 4 millions de yens (à peu près 30.000 euros). Cela s’explique notamment par une densité de population forte, induisant un manque de place dans les cimetières. On n’enterre pas les corps directement pour ne pas qu’ils pourrissent.Les funérailles se font en plusieurs fois. Juste après la mort, on procède à la veillée funèbre. Les proches appliquent ce qu’on appelle « l’eau du dernier moment », c’est-à-dire un liquide pour humidifier les lèvres du mort afin qu’il se réincarne. On place aussi de gauche à droite des fleurs, de l’encens et une bougie. On console le mort pour lui dire de partir et on place entre ses mains un chapelet bouddhiste, le juzu, composé de 108 perles, pour 108 karmas. L’âme du mort renonce aux désirs terrestres pour embrasser la vertu.Le fils aîné prévient les autorités du décès et organise les obsèques. On lave le corps du défunt, on l’habille, on utilise même parfois la thanatopraxie pour modifier l’allure du corps.On va ensuite procéder à une crémation, à la suite de laquelle les os et cendres sont récupérés et placés dans une urne, dans l’ordre des pieds à la tête. On garde cette urne sur un autel consacré dans la maison familiale pendant 49 jours. Enfin on enterre l’urne dans un caveau familial, le haka, au pied d’un monument en pierre.

Au Mexique, la mort est primordiale. Dans l’exemple du Mexique ce n’est pas particulièrement l’épisode de la mort ou même l’enterrement qui suscite l’attention, mais plutôt le fait que tout le pays vit avec la mort, et que cela n’a rien de particulièrement lugubre. La mort peut être considérée comme un symbole à part entière du pays, surnommée « le totem national du Mexique », ce qu’explicite Claudio Lomnitz dans Idea de la muerte en México. L’écrivain Octavio Paz écrivait même dans Le labyrinthe de la solitude que « Le Mexicain fréquente [la mort], la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle. Certes, dans cette attitude, il y a peut-être autant de crainte que dans l’attitude des autres hommes ; mais au moins le Mexicain ne se cache pas d’elle, ni ne la cache ; il la contemple face à face avec impatience, dédain ou ironie ». La mort est pensée comme une étape, et ce dès la période préclassique, des centaines d’années avant l’an 0. C’est un passage avant la renaissance.

Le Jour des morts est une fête importante, et joyeuse. L’exemple typique est l’équivalent de la Toussaint, épisode pas vraiment joyeux en France. Au Mexique, il s’agit d’une fête populaire sur deux-trois jours, le Día de Muertos ou Todos Santos. Il s’agit du Jour des morts et cela dépasse largement la journée. L’événement s’étale entre le 31 octobre et le 2 novembre. Les Mexicains vont nettoyer et fleurir les cimetières, attendre les défunts avec un festin préparé pour l’occasion et même fabriquer des objets à disposer sur des autels consacrés aux personnes disparues. À travers l’idée de festin, le Jour des morts est loin d’être une fête triste. On sort les couleurs vives, on se retrouve en famille, on offre des bonbons et de l’alcool, on mange près des tombes, on chante et on danse. Les coutumes vont ensuite varier en fonction de l’origine des Mexicains et de la zone géographique.

Dans plusieurs régions africaines, la mort est le quotidien des populations, en raison de la pauvreté, de l'inaccessibilité des centres de soins et des médicaments, de conflits et surtout du développement de la sorcellerie. Devant l'accroissement alarmant du taux de mortalité, l'africain s'est trouvé un réconfort psychologique en créant une relation de familiarité avec la mort. Les Africains associent la vie à la mort et définissent plusieurs activités autour du mort. Pour eux, il existe une vie après la mort, c'est-à-dire dans l'au-delà. Ainsi, ils se préoccupent de la façon permanente des funérailles, et des différents échanges post funérailles entre les survivants et les morts; la mort est plus importante que la maladie, c'est-à-dire la cause de la mort.

Évidemment, avec le temps, la mondialisation, les influences, tout peut changer.  Mourir autrefois avait plus que panache que nos tristes enterrements. J’avais eu l’occasion de voir l’exposition « La mort n’en saura rien » au musée des arts d’Afrique et d’Océanie en 1999. Magnifique. On se réconciliait avec l’au-delà dans une débauche de rituels baroques où le crâne ornementé le disputait au squelette paré de pourpre. Si vous aimez la vie, vous aimerez la mort. L'homme n'a qu'un mal réel : la crainte de la mort. « Délivrez-le de cette crainte et vous le rendrez libre ». (François René de Chateaubriand). Excellente semaine à toutes et à tous…

Solange Strimon

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