Chronique d'un juvénile retraité

“Excusez-moi mon père, c’est que je suis plutôt dépourvu face à mon rhume récalcitrant en l’absence de mouchoir, en auriez-vous un trainant dans un coin de l’hôtellerie à me prêter le temps de la fin de mon séjour ?”

C’est que, dans une abbaye bénédictine, le silence partage son trône avec le froid. Le froid, vecteur d’austérité, et si ce n’est pas le froid que l’on recherche au départ d’une retraite spirituelle, c’est par contre bel et bien le cas de l’austérité, d’autant plus en temps de Carême.

Quel paradoxe dans cette société où luxure, plaisir et immédiateté sont reines, que d’être dans la peau de deux jeunes socialement fréquentables partant sac au dos pour 4 jours sans filles, sans télévision, sans distraction apparente, et pire que tout, sans 3G (j’avoue que ce n’était pas au programme à la base) !

Pourtant, n’est-ce pas la conséquence de cette vie trop rapide, artificielle et moderne, que ce retour aux sources, cette recherche de l’enracinement, de l’éloignement et du déshabillement ? Certes de plaisir pour un jeune “péchu mytho tradi” il y a ! Déjeuner entre un séminariste de Wigratzbad et un père de famille plus que nombreuse, le tout sous le regard acéré d’un père abbé sondeur mais aussi sous celui d’une grosse cinquantaine de moines mystérieux, a de quoi faire frétiller, et à juste raison !

De paradoxe il est encore ce lavement de mains, cet abaissement de l’élu intransigeant et puissant, ce plaisir à ne pas être dérangé à tout instant par ce que l’on a quitté, de ce formidable et éclatant témoignage qu’est le silence profond, traversé simplement par l’écho des psalmodies rebondissant aux voutes et répondant parfaitement aux voix d’origine.

Car c’est cela qu’une retraite : fermer le psautier, interrompre le suivi de l’écriture et se laisser porter par cette harmonie véritable. Chose pareille ne perdurerait pas depuis tant de siècles si Dieu n’existait pas ! C’est également se laisser étonner par la beauté littéraire d’un psaume, qui, au quotidien, n’a pas ce charme, c’est retrouver inchangée une communauté malgré des années d’intervalle, c’est enfin, ultime paradoxe, se voir agacé de l’activité et de l’attitude générale des gens que l’on croise dans la rue au sortir d’un séjour de calme et de sérénité, se voir agacé du manque de place accordé au Christ dans notre société et jusque dans notre propre vie, se voir modéré quant à la joie des conforts retrouvés qui nous paraissaient auparavant indispensables, c’est ce désir d’évangélisation qui fait surface, “d’établir le règne du Christ dans toute notre vie et dans le monde qui nous entoure”. Car oui un monastère c’est finalement cette sécurité, cette ficelle tirée lorsque rien ne va plus et qu’il s’agit de se recentrer sur l’essentiel, loin des trop sondables bassesses du quotidien.

Rassurant que cette phrase, annoncée au réveil et à intervalles réguliers, devise immortelle et sainte : “Benedicamus Domino”.

Rassurante que doit être notre devise, à nous royalistes, nous aussi en contradiction avec le monde qui nous entoure, nous aussi nous sommes la solution à ce cri de détresse poussé par une société en perdition sans qu’elle ne s’en rende compte. Rendons témoignage de notre pensée, que nos écrits soient les échos de nos manifestations, que notre abaissement au combat politique moderne soit le symbole de l’inatteignable dignité royale. Notre vie entière doit être un témoignage, une vie elle aussi d’austérité et de travail acharné, en refus avec le matérialisme, l’hédonisme et la paresse ambiante. Le combat d’idée sera-t-une chose, encore faudra-t-il que ces idées nous les appliquions jusqu’à nous changer nous-mêmes et incarner les parfaits témoignages vivants de ce combat.

Que notre cri soit le refuge de ces français en fuite, le repère intemporel, qui unit et rassemble : Vive le Roy !

François-Joseph Triponé

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