Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation

Ce dimanche 5 octobre 2014, ouverture à Rome de la IIIème Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques. Thème: "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation." Pour ce Synode, les cinq continents sont représentés : 114 présidents de Conférences épiscopales, 13 chefs d’Églises catholiques orientales sui iuris, 25 chefs de dicastères de la Curie romaine, 9 membres du Conseil ordinaire, 3 religieux, 26 membres nommés par le pape sont inscrits auxquels s’ajoutent 8 délégués fraternels, 38 auditeurs, dont 13 couples, 16 experts, pour un total de 253 participants. 

Cette assemblée extraordinaire du 5 au 19 octobre sera suivie en 2015 d’une assemblée générale ordinaire du 4 au 25 octobre.  Une question se pose : pourquoi ces deux étapes, qui d’ailleurs avaient été précédées en février 2014 par le Consistoire des cardinaux ? Nous savons tous, d’une part, combien le pape est soucieux de permettre une réelle collégialité entre les évêques et lui, et d’autre part, combien le sujet de la famille lui tient à cœur.  Nous sommes tous nés au sein d’une famille, quels que soient les rapports que nous avons avec elle. La famille est notre première approche avec la société. Nous apprenons au sein de notre famille les différences entre les uns et les autres, tant au niveau du comportement que des orientations religieuses et professionnelles. Il se trouve hélas que les guerres, les conflits, la misère, la faim, la désespérance, les échecs, l’absence d’amour, de compréhension, l’émigration forcée, fragilisent les membres d’une famille, qui voit actuellement plusieurs membres d’entre elle massacrés par des barbares. Alors il  reste pour ces familles l’espérance du Christ, de Son Amour, de Sa Puissance, de sa miséricorde.

Sur un sujet aussi important que celui de la famille et des nouveaux modèles, des temps de réflexion s’imposaient.  Il faut d’abord recueillir les apports de plus de 250 participants puis les traiter grâce au travail régulier du Conseil du synode (six évêques élus par les Pères synodaux) et au Secrétariat général du Synode (instance permanente qui prépare les sessions).

D’après le Cardinal André Vingt-Trois, à propos des différentes tendances qui se dessineront, sans s’affronter : « …L’Église a toujours produit des « écoles » ou des thèses théologiques. Certaines sont reconnues comme légitimes, même dans leur diversité, d’autres sont jugées incompatibles avec la doctrine chrétienne. Mais toutes peuvent apporter un éclairage dans les débats… »

Rappelons que le concile Vatican II (1962-1965) avait institué une rencontre d’évêques du monde entier autour du Pape afin que la collégialité épiscopale se vive plus effectivement. L’Église doit être considérée comme une communion d’Églises (les diocèses), chacune présidée par un évêque en communion avec l’évêque de Rome.

Le synode des prochaines semaines ne représente qu’une étape. Les décisions seront prises  lors d’un second synode, à l’automne 2015. Quand le pape François parle de la nouveauté évangélique : « A vin nouveau, outre neuve », toutes les hypothèses de changement peuvent surgir, mais qu’attendre de l’interprétation de la Bible et des Évangiles dans ce monde en pleine mutation ? Les catholiques ont posé des questions essentielles, comme les divorcés remariés, l’euthanasie, le célibat des prêtres, la place des femmes dans l’Église etc. et ils attendent de vraies réponses.

À propos du problème des divorcés remariés, restons lucides avec le cardinal Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, qui rappelait que l’indissolubilité absolue d’un mariage valide est non pas une simple doctrine, mais bien un dogme divin et défini par l’Église« Le second mariage est possible uniquement lorsque le conjoint légitime est mort, ou bien lorsque le mariage a été déclaré invalide, parce que, dans ces cas-là, le lien précédent a été dissous. Dans le cas contraire, nous nous trouvons face à ce que l’on appelle "empêchement au lien".

Qu’attendre de ce synode ? L’Église vient de canoniser Jean-Paul II dont l’œuvre maîtresse a précisément été une catéchèse sur la sexualité et l’amour conjugal. Jean-Paul II a recherché, avec soin et exigence, dans la Bible tout ce qui matérialise en quoi « la relation homme/femme et sa corporéité situent l’Homme au sommet de la Création et comme image du Dieu Trinitaire ».

De septembre 1979 à novembre 1984, Jean-Paul II a donné 129 conférences sur la sexualité et le mariage lors de ses audiences du mercredi matin place Saint-Pierre. Cet enseignement de Jean Paul II, connu sous le nom de « théologie du corps », est impressionnant et peu connu du public.  

Que dit Jean-Paul II ? Un des rares analystes de la théologie du corps, le philosophe Yves Semen, explique : « Longtemps, la pensée de l’Église s’est limitée à une théologie du mariage qui relevait davantage d’une philosophie naturelle que d’une réelle réflexion théologique. (…) Il était habituel de distinguer, à la suite de Thomas d’Aquin, entre la fin première du mariage – la procréation et l’éducation des enfants – et les fins secondaires – le recours mutuel et le remède à la concupiscence. » (La Sexualité selon Jean Paul II, Presses de la Renaissance)». On se mariait hier pour avoir des enfants et pour encadrer ses désirs. Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire. On se marie pour un temps, jusqu’à épuisement du plaisir et on passe d’une aventure à une autre.

Jean Paul II explique que « la sexualité humaine n’a pas pour but la seule reproduction de l’espèce mais  d’abord le don des époux l’un à l’autre ». Pour lui, « le sacrement du mariage célèbre l’alliance entre Dieu et les hommes », en permettant aux époux d’échapper à une sexualité dans laquelle l’autre ne serait qu’un objet pour viser celle d’un « amour-don ». Pour Jean-Paul II, le rythme biologique des femmes doit être respecté, sans contraception qui vienne le régler de manière artificielle, au sens où ce rythme témoigne que « leur corps n’est pas sans cesse disponible ». Union et procréation sont donc indissociables, d’où le combat sans doute le plus controversé de Jean Paul II contre la contraception, l’avortement et pour une théologie de la femme qui exalte l’épouse-mère.

Dans l’évangile de ce dimanche, il est dit que « le royaume de Dieu dont nous sommes les héritiers n’est pas un dû, mais un don. Or le Royaume, comme tout cadeau, est fait pour être apprécié et entretenu. Il nous est confié, à nous de le faire advenir. Accueillons la confiance que Dieu nous fait comme un don et sachons lui en rendre grâce ». En clair, ne Le décevons pas. Difficile d’espérer que cette première partie du Synode ouvrira la porte aux solutions attendues par les couples et les familles concernant le statut conjugal, la conception des enfants, la vie familiale, l’éducation des enfants, la durée de vie des couples, la façon d’aborder la maladie, le travail ou encore la vieillesse…

Qu’il est long le chemin qui mène à la sérénité, à la sagesse, à l’amour au sens le plus haut, le plus sacré, et à une vraie vie de chrétien dans le couple, telle que l’Église le souhaite et l’encourage. N’oublions pas que l’Église est le dernier rempart d’une société structurée et que ses fondations ne sauraient être remises en question, mais des aménagements pastoraux peuvent sans doute être envisagés pour une Église renforcée par une plus grande présence de ses fidèles aux messes et plus…

En conclusion, cette très jolie définition de Didier Decoin : « La famille est le miroir où Dieu se regarde en train d’accomplir ses deux plus jolis miracles : le miracle de donner la vie et le miracle d’inspirer l’amour ».Que cette semaine soit douce et bienveillante pour vous, vos familles et vos proches, en pensant à solliciter votre ange  gardien au réveil pour vous donner force et espérance.

Solange Strimon

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